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Reportage en Algérie : Les Marocains vus par les Algériens

Reportage en Algérie   : Les Marocains vus par les Algériens
Dernière mise à jour le 13/10/2010 à 17:34

Arrivée à l’Aéroport Houari-Boumediene d’Alger, c’est avec un sourire affiché et un “wakha ya lalla” que je suis reçue par la police algérienne.

Le chauffeur de taxi reconnaît aussi l’accent marocain. Plus qu’aimable et content de voir une Marocaine en Algérie, il prend soin de jouer le rôle de rapporteur et insiste pour parler du lot quotidien servi par la presse algérienne et ses gros titres contre le Maroc: “Heureusement que tous les Algériens ne se fient pas aux dires de la presse aux ordres des galonnés d’Alger. Nous sommes voisins et frères, partout il y a du bon et du mauvais. Il est normal de trouver des petites frictions entre peuples voisins, cela est le cas partout dans le monde. Il faut savoir faire la différence entre les relations diplomatiques entre Etats et les relations entre les peuples.”

Tout au long de ce voyage, les regards sont bien distincts selon les situations de chacun. Voici donc les regards des gens du peuple sur ce qu’ils appellent le “marroqui”.

“Le plus beau des pays”

Saliha a 23 ans, elle est secrétaire et ne connaît pas du tout le Maroc. D’après le peu de Marocains qu’elle a croisés en Algérie, elle s’est fait une opinion : ce qu’elle aime chez les Marocains, c’est qu’ils ne critiquent jamais leur pays qu’ils considèrent comme étant le plus beau des pays même s’ils vivent parfois dans la misère”.

Mustapha, manutentionnaire dans une quincaillerie, âgé de 39 ans, lui, c’est la télé marocaine qu’il apprécie et à travers laquelle il a découvert le Maroc: “Je trouve que la TV marocaine affiche une certaine ouverture qu’elle doit aux influences étrangères. Ce qui montre bien que les Marocains savent s’adapter aux changements sans pour autant s’écarter de la tradition. Ils en font plutôt un atout, et c’est ce qui me plaît chez eux.”

Il y a ceux qui ne connaissent pas de Marocains, et qui ont pourtant leur mot à dire comme Nouria, femme au foyer, âgée de 34 ans, qui a découvert le Maroc et les Marocains, à travers les mariages.

“Je ne suis jamais allée au Maroc, je ne connais aucun Marocain. Mais ce que je sais, c’est que le Maroc est un pays de tradition. Et d’ailleurs leur tradition nous a été exportée indirectement. Celle-ci prend même une place de référence dans des événements importants telle que la célébration du mariage, notamment pour tout ce qui touche les tenues pour l’occasion”, dit-elle.

“A quand l’ouverture de cette foutue frontière?”

Puis, il y a ceux qui sont déjà allés au Maroc et qui ont déjà leur petite idée comme Samir, cadre supérieur dans une entreprise de télécom marié à une femme qui a passé son enfance au Maroc. Lorsqu’il s’est rendu au royaume, il a été surpris par l’accueil qu’il a reçu en tant qu’Algérien. “J’y suis allé à deux reprises ces quatre dernières années et l’accueil que j’ai reçu sur place m’a surpris. Quand j’ai dit que j’étais d’origine algérienne, on m’a très bien accueilli. Les Marocains sont d’un accueil exemplaire, je ne comprends pas cette pseudo friction entre Algériens et Marocains. A quand l’ouverture de cette foutue frontière pour qu’on puisse aller et venir à notre guise?!”.

Sabrina, étudiante âgée de 27 ans, lors de son séjour estival au Maroc, a été surprise selon elle par l’expansivité et l’ouverture des Marocains. “Lors de mon voyage, j’ai trouvé les Marocains très ouverts. Ils ont dans leur nature, cette capacité d’être à l’aise, d’aller vers les gens pour discuter, échanger… En tout cas en tant qu’Algérienne, tout en étant au Maroc, c’est ce que l’on ressent sur place. Cela concerne en particulier les jeunes qui sont plus expansifs que leurs aînés.”

Nabil, comptable, âgé de 33 ans est un fan de la culture marocaine, et de la manière de… marchander des Marocains. “Ce que j’adore au Maroc, c’est qu’on peut toujours marchander avec un Marocain. En Algérie, c’est à prendre ou à laisser, aucun moyen de négociation!”.

“Plus proche d’un Marocain que d’un Tunisien”

Rabah, ingénieur en informatique, âgé de 36 ans, est né en Algérie et a vécu au Maroc, jusqu’aux études secondaires. Depuis il vit en France et a épousé une Marocaine. “Mes sœurs se sont même mariées avec des Marocains. A mon tour, j’ai épousé une Marocaine. Je trouve que nous avons à peu près la même culture, je ne ressens pas vraiment de différences. D’ailleurs un Algérien se sent plus proche d’un Marocain que d’un Tunisien”, déclare -t-il.

Et Rabah d’ajouter: “Il y a tout de même une chose qui me peine et dont je suis victime chaque année: je trouve qu’il existe des choses difficiles à gérer émotionnellement et sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir. Dans mon cas, c’est cette déchirure qui subsiste entre des familles qui sont de part et d’autres des frontières, surtout lorsqu’elles ne peuvent pas se voir pendant des années, alors qu’elles habitent à quelques kilomètres l’une de l’autre (…).”

“L’art de s’approprier les choses”

Kamel, 29 ans, n’a jamais connu de Marocain avant d’aller vivre en France où il s’est fait son opinion. “Ce que je peux dire sur eux, c’est qu’ils ont l’art de s’approprier les choses. Je m’explique: le couscous est marocain, le thé est marocain, la chorba est aussi devenue marocaine… et j’en passe!”

Nourredine, dans la même situation que Kamel, n’a découvert les Marocains qu’en France. “J’ai quelques amis marocains en France. Ce qui m’a étonné chez eux, c’est leur capacité à se complaire dans ce qu’ils ont et surtout leur patience salutaire. Les Marocains ont moins l’habitude de se plaindre que les Algériens, qui expriment facilement leur insatisfaction!”

Les Marocains aussi apprécient les Algériens

Réda, Marocain, 42 ans, salarié dans le secteur du bâtiment en Algérie depuis 16 mois environ, nous parle du regard que portent les Algériens à son égard. “J’ai souvent été surpris par l’amour de nos frères et sœurs en Algérie, par rapport à notre culture marocaine. Musique, cuisine, histoire, rien ne semble leur échapper. Parfois j’ai eu l’impression qu’ils la respectent mieux que la majorité des Marocains. Une attitude que les Marocains ne rêveront jamais de trouver dans les pays d’Orient, ou encore chez nos partenaires du nord.”

Marwane, un harraga de 26 ans, repêché sur les côtes oranaises, partage avec nous ses impressions sur ce pays où il a atterri par hasard.

“Je suis marocain et j’aime les Algériens. Je fais abstraction des messages hostiles de la presse à notre égard, puisque c’est de l’intox et rien d’autre. Nous sommes assez intelligents pour réfléchir et juger par nous-mêmes”, clame-t-il.

Marwane ajoute: Il y a un conflit politique certes, mais je trouve que nos deux nations se ressemblent beaucoup… Cela fait quelques mois que je vis ici, je n’ai eu aucun problème relationnel avec un Algérien. La plupart des Marocains n’aiment pas les Algériens et ne savent même pas pourquoi. De l’autre côté, les Algériens sont même reconnaissants à notre égard. Ils nous aiment mais ne nous le disent pas, question de fierté, peut-être !”

Au bout du compte, à travers ces témoignages croisés, on se rend compte que ces deux nations sont moins opposées qu’on ne veut bien le dire et que les différences restent minimes aux yeux des deux peuples.

L’expérience et la propagande politique a bien façonné deux imaginaires, mais peut-être a-t-elle échoué dans la vraie relation qui unit ces deux peuples. Au quotidien.

Le contexte

Les relations entre les deux pays ont connu ces dernières semaines un regain de tension surtout après l’enlèvement, le 16 septembre à Tindouf, de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud, inspecteur général de la police du Polisario.
Ce dernier, lors d’un séjour au Maroc, s’était prononcé en faveur de la proposition marocaine d’une large autonomie accordée aux provinces du sud. S’en suivirent meetings populaires marocains aux frontières et le refoulement de journalistes marocains qui souhaitaient se rendre dans les camps de Tindouf.
Bien que sa libération eut été annoncée, aucune nouvelle de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud n’est venue à ce jour détendre l’atmosphère. Dernier rebondissement en date, seize ONG marocaines ont exprimé leur volonté d’aller à Tindouf afin de demander aux autorités algériennes et au Polisario de dévoiler son lieu de détention, à préserver son droit à la vie, à garantir sa sécurité et à procéder à sa libération immédiate.
C’est donc dans ce climat tendu que notre envoyée spéciale a donné la parole à la rue algérienne.

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