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DSK attend en prison la décision de la chambre d’accusation

DSK attend en prison la décision de la chambre d’accusation
Dernière mise à jour le 17/05/2011 à 22:09

Dominique Strauss-Kahn, accusé d’agression sexuelle par une employée d’hôtel, attendait en prison mardi la décision d’une chambre d’accusation, tandis que l’avocat de la victime présumée a assuré qu’elle vivait un traumatisme « extraordinaire ».

Une chambre d’accusation (« grand jury ») de 16 à 23 jurés populaires doit se réunir « dans les trois jours » –à compter de lundi–, en secret et en l’absence d’un juge, pour entendre les éléments de preuve de l’accusation et décider d’une inculpation ou non.

« A ce stade il n’y a pas de contre-interrogatoire, (l’accusé) ne peut pas citer de témoins », a expliqué à l’AFP Randolph Jonakait, professeur à l’Ecole de droit de New York.

Si la chambre d’accusation inculpe formellement M. Strauss-Kahn, c’est devant un magistrat d’une juridiction plus élevée mais également de première instance, la « New York Supreme Court », que le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) devra comparaître pour se faire signifier officiellement son inculpation – une audience qui a déjà été fixée à vendredi.

C’est alors que DSK devra dire s’il plaide coupable ou non. A ce jour, il nie toutes les charges qui pèsent contre lui, selon ses avocats, qui comptent également faire appel de la décision de le placer en détention et de lui refuser la liberté sous caution.

« Normalement, (le procès) serait organisé dans un délai de trois mois à un an », a indiqué M. Jonakait.

Le patron du FMI, 62 ans, a été conduit lundi soir dans l’immense prison de Rikers Island, une île de l’East River au nord-est de Manhattan, où il bénéficie d’une cellule individuelle, selon un porte-parole de l’administration pénitentiaire.

Dominique Strauss-Kahn a été placé par l’administration sous surveillance anti-suicide, rapportait mardi la chaîne américaine NBC, citant une source non identifiée.

Sur son site internet, la chaîne assure que cette surveillance, ordonnée par précaution par une équipe médicale de la prison, implique que le détenu soit contrôlé toutes les 15 à 30 minutes, qu’il soit vêtu d’une combinaison carcérale et qu’il porte des chaussures sans lacets.

« Il n’est pas en contact avec les autres prisonniers », a précisé à l’AFP le porte-parole de l’administration parlementaire. « Cela ne veut pas dire qu’il sera toujours dans sa cellule. Cela veut dire que quand il en sortira, il sera toujours accompagné d’un gardien ».

M. Strauss-Kahn, interpellé samedi, a été écroué lundi par décision de la juge Melissa Jackson, qui a refusé de le libérer sous caution d’un million de dollars, deux jours après son arrestation à l’aéroport Kennedy de New York.

La juge a évoqué un risque de fuite pour ordonner son maintien en détention.

La défense de l’ancien ministre français a proposé qu’il remette son passeport à la justice et qu’il s’engage à résider à New York chez sa fille.

L’épouse de M. Strauss-Kahn, l’ancienne journaliste Anne Sinclair, est arrivée lundi à New York, selon l’un des avocats de DSK, Benjamin Brafman.

DSK est visé par sept chefs d’accusation, dont acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration, à la suite des accusations d’une femme de chambre de 32 ans, employée de l’hôtel Sofitel de New York.

L’acte sexuel criminel, qui recouvre une fellation forcée en droit américain, correspond en droit français à un viol. Le terme de viol ne recouvre en droit américain que la seule pénétration vaginale forcée.

« Il nie ces accusations. Il est présumé innocent selon la loi », a souligné Benjamin Brafman, un avocat célèbre qui a défendu notamment dans le passé le rappeur Jay-Z ou le chanteur Michael Jackson. DSK bénéficie d’une « ligne de défense forte » et il est « tout à fait probable qu’il soit innocenté en fin de compte ».

La victime présumée « n’arrêtait pas de pleurer » après les faits, a assuré de son côté mardi à l’AFP un restaurateur se présentant comme son frère.

L’homme d’origine guinéenne, qui tient un petit restaurant dans le quartier de Harlem, affirme que sa soeur l’a appelé par téléphone samedi après-midi alors qu’elle était en compagnie de médecins et de policiers.

« Elle m’a dit: ‘il vient de se passer quelque chose de grave’. Elle pleurait, elle n’arrêtait pas de pleurer », a-t-il raconté.

« C’est une bonne musulmane. Elle ne porte pas le voile mais elle se couvre les cheveux », a-t-il dit.

La jeune femme vit un traumatisme « extraordinaire », a affirmé de son côté son avocat, Jeff Shapiro, sur la chaîne américaine CNN.

« Le monde est sens dessus dessous pour elle », a déclaré Me Shapiro. « Le traumatisme qui a surgi dans sa vie est extraordinaire », a-t-il ajouté.

« Depuis que c’est arrivé, elle n’a pas pu rentrer chez elle. Elle ne peut pas retourner travailler et elle n’a aucune idée de quoi l’avenir sera fait », a-t-il déclaré.

Conformément à la loi, la police n’a pas identifié la victime et a couvert son visage lors de sa venue au commissariat de Harlem où elle a identifié M. Strauss-Kahn comme étant bien son agresseur.

La défense compte s’organiser notamment autour de l’emploi du temps de samedi de DSK. Ses avocats assurent par exemple que celui-ci n’a pas voulu s’enfuir mais qu’il a tranquillement déjeuné avec une personne dont l’identité n’est pas encore connue, avant de se rendre à l’aéroport où son vol pour Paris était déjà réservé.

Ils disent aussi qu’il a oublié à l’hôtel un de ses téléphones portables et appelé pour qu’on le lui fasse porter, ce qu’il n’aurait pas fait s’il était en fuite.

Selon le récit des enquêteurs, la victime était entrée samedi dans la suite 2806, croyant qu’elle était vide, pendant que DSK prenait une douche: « Il s’est approché d’elle par derrière et l’a touchée de manière inconvenante. Il l’a forcée à accomplir un acte sexuel ».

Des prélèvements ADN supplémentaires ont été effectués dimanche sur DSK, pour éventuellement détecter des traces de violence.

S’il devait être condamné, le patron du FMI encourrait de 15 à 74 ans de prison pour l’ensemble des chefs d’accusation dont il fait l’objet.

L’affaire a ébranlé la classe politique française à un an de la présidentielle, où DSK faisait figure de favori, dans le cadre d’une éventuelle candidature socialiste.

La ministre française des Finances, Christine Lagarde, a refusé de commenter les spéculations qui la donnent comme possible remplaçante au FMI de DSK, jugeant la situation « accablante et douloureuse ».

M. Strauss-Kahn a été nommé en septembre 2007 à la tête du FMI pour un mandat de cinq ans pour réformer en profondeur cette institution. Le FMI a confirmé mardi qu’il ne bénéficiait d’aucune immunité diplomatique.

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