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Multiplication des marchands ambulants : Le syndrome Bouazizi et la khodra-in

Multiplication des marchands ambulants : Le syndrome Bouazizi et la khodra-in
Dernière mise à jour le 14/06/2011 à 10:32

On se souvient tous de Mohammed Bouazizi, ce diplômé chômeur de 26 ans qui survivait en vendant des fruits et des légumes à Sidi Bouzid, en Tunisie. Mais pour être marchand ambulant, il fallait une autorisation qu’il n’avait pas. Les autorités s’étaient mêlées de ses oignons à lui, et un des chabakouni, made in Tunisie qui l’avait interpellé ce 17 décembre 2010 l’avait giflé et lui avait craché dessus. Désespéré, le jeune homme s’était immolé par le feu. Le lendemain, des heurts éclataient dans la ville, marquant le début de la révolution tunisienne et du Printemps arabe.

Depuis lors, nos marchands ambulants, qui en avaient ras la patate des chabakouni bien de chez nous, lui doivent beaucoup.

En bons commerçants, ils semblent avoir bien saisi l’opportunité de cet acte désespéré et de ses conséquences. Alors qu’ils étaient constamment réprimés par les autorités, aujourd’hui les ferracha ont fait de l’espace public leur étal.

Chaque coin de rue est devenu un lieu de commerce où s’entassent fruits et légumes. Aujourd’hui, en plus d’une circulation insensée, il faut naviguer entre pommes de terre et pastèques, entre khizzou et bassla.

Si les Américains ont inventé le drive-in, salles de cinéma en plein air apparues en 1933 où les spectateurs regardent les films depuis leur voiture, nous autres Marocains nous avons mis au point la khodra-in. Chez nous les consommateurs en voiture n’ont même plus besoin de descendre de leur véhicule pour faire leur marché… et à des prix défiant toute concurrence.

Eh oui, les tarifs des produits ont baissé de façon spectaculaire pour le plus grand bonheur de tous, provoquant une sacrée anarchie. Et voilà un autre exemple d’exception marocaine: la baisse des prix des légumes provoque le désordre urbain! Économistes du monde entier, unissez vos neurones.

Alors que dans certains quartiers, il est devenu pratiquement impossible de circuler tant les marchands ambulants sont nombreux, les autorités échaudées par le syndrome Bouazizi, semblent avoir pris la décision de fermer les yeux et de ranger la matraque.

Si l’on peut comprendre cette chance saisie par les marchands et la timidité des autorités face à l’ampleur du phénomène, il serait sûrement sage de réfléchir à une solution acceptable pour tous avant que nos villes ne se transforment en un immense marché à ciel ouvert.

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