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Quand les mères des « martyrs » de la révolution tunisienne crient leur colère

Quand les mères des « martyrs » de la révolution tunisienne crient leur colère
Dernière mise à jour le 13/07/2011 à 15:37

Venues des campagnes et villages lointains du sud-ouest tunisien, berceau de la révolution qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, des familles de « martyrs » ou blessés ont crié leur colère contre l’incompréhension et la lenteur de la justice.

Des familles étaient conviées à rencontrer des juristes à Tunis mardi pour examiner les possibilités de renvoyer leurs dossiers devant la justice civile. Mais les discours des éminents juristes ont heurté les hommes et les femmes venus les écouter.

« Je ne sais pas ce que je fais ici, je n’y comprends rien. C’est à nous de parler, d’être écoutés. Je veux qu’on me rende justice, que le sang de mon fils n’ait pas été versé en vain ». Le cri de Wassila Ayouni déchire l’atmosphère feutrée de la salle de conférence.

Cette femme, partie à l’aube de sa campagne de Regueb, 50 km de Sidi Bouzid, (266 km au sud-ouest de Tunis) pour être entendue par le tribunal militaire de Tunis en charge des affaires de dédommagement, prend enfin le micro: « assez de discours, nous refusons de passer devant la justice militaire qui prendra une éternité, nous voulons nos droits aujourd’hui et pas demain! ».

Et de menacer: « nous n’attendrons pas les élections (nldr: de l’Assemblée constituante le 23 octobre). Et s’il le faut nous ferons une deuxième révolution. En plus fort, j’ai encore quatre enfants à sacrifier pour que justice nous soit rendue ».

Des cris fusent, des larmes sont versées, la table ronde est perturbée.

Péniblement, la magistrate Khalsoum Kenou tente de relancer le débat centré sur le besoin d’un retour à la justice civile pour défendre les droits des victimes.

« Nous n’avons rien contre la justice militaire mais celle-ci n’offre pas de recours en cas de jugement et ne garantit pas suffisamment les intérêts des victimes », affirme la magistrate longtemps persécutée sous la dictature.

Brandissant le portrait de Hilmi, 23 ans, tué d’une balle dans le coeur le 13 janvier avenue de Lyon, au centre de Tunis, Saida Maaouiya crie vengeance.

« Je veux connaître la vérité, pour faire le deuil j’ai besoin de me venger de ceux qui ont tué mon fils et ceux qui ont donné l’ordre de tirer », confie-t-elle à l’AFP.

Le gouvernement de transition a commencé à indemniser les familles des « martyrs de la révolution », après la chute de Ben Ali. Ces compensations s’élèvent à 20.000 dinars (10.00 euros) par mort et 3.000 dinars (1.500 euros) par blessé.

La mère de Hilmi, qui a élevé seule ses quatre enfants, n’a touché que la moitié du montant, le reste ayant été accordé au père de la victime dont elle est divorcée depuis 20 ans.

« Nous ne sommes pas venus pour entendre des discours et applaudir, nous voulons être entendus », s’énerve Ourida Kaddoussi, venue de Regueb dans l’espoir de savoir qui a tué son fils Raouf, 27 ans.

« On nous parle de snipers, de Bop (brigade de l’ordre public) mais qui sait? Je veux savoir pour éteindre ce feu qui me brûle les entrailles », sanglote cette femme en djellaba noire.

« Nous sommes ici pour mieux vous défendre », lance le juge Mokhtar Yahyaoui, acceptant de faire sa conférence en arabe dialectal tunisien.

L’avocate militante des droits de l’Homme Radhia Nasraoui dit comprendre l’impatience des familles, mais insiste sur la nécessité de transférer les dossiers à la justice civile.

Selon un décompte de l’ONU, 300 Tunisiens ont été tués et 700 blessés durant le soulèvement de décembre-janvier.

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