Aufait Maroc

Casablanca : Un Tramway nommé patience

Casablanca: Un Tramway nommé patience
Dernière mise à jour le 23/08/2011 à 9:40

Tous les casablancais vous le diront : la circulation dans la plupart des boulevards de Casablanca est devenue un véritable casse-tête, un parcours semé d’obstacles. Le coupable tout désigné est bien sûr le Tramway. Les travaux de son réalisation provoquent, en effet, des bouchons monstres et suscitent la colère des usagers qui n’en peuvent plus.

Chaque jour, c’est toujours le même scénario qui se répète, les mêmes scènes d’énervement très visibles sur les visages des automobilistes qui ont l’impression de faire du sur-place. Crispés derrière leur volant, l’oeil rivé sur la longue colonne des véhicules devant, ils pestent dans un concert assourdissant de klaxons contre cet état de fait qui met à rude épreuve leurs nerfs, déjà à fleur de peau et leur fait perdre beaucoup de temps.

Exemple : La circulation sur l’avenue Hassan II et le Boulevard Abdelmoumen se fait dorénavant en file indienne sur une seule chaussée étroite. Impossible de continuer tout droit sa route vers le centre ville. Il faut alors prendre le Boulevard de Paris ou à l’opposé les Boulevards Driss Hrizi et Lalla Yacout.

Autre exemple qui illustre la complexité de la mobilité est celui du changement du sens de la circulation comme sur le boulevard Sahraoui, une artère à sens unique, que les automobilistes empruntaient auparavant pour aller du centre ville vers le Parc de la Ligue Arabe mais, travaux obligent, la circulation y est aujourd’hui inversée. Un changement de sens qui s’est fait du jour au lendemain sans que les usagers ne soient avertis par un quelconque panneau de signalisation.

 »Avant le début des travaux sur le Boulevard Abdelmoumen, je faisais le trajet entre mon domicile à la Riviera dans le quartier Oasis et le lieu de travail dans le centre ville en seulement un quart d’heure. Maintenant, je dois compter le double, voire plus et autant de stress », excédé, cet automobiliste qui tout en râlant, concède cependant que ce vaste chantier ne pourra qu’être bénéfique pour la métropole.

En somme, il s’agit de prendre son mal en patience, quelque fois de prendre des chemins de traverse pour ceux qui connaissent bien les raccourcis et les ruelles de Casablanca et mieux encore faire de la marche comme cet automobiliste qui a décidé de laisser pour de bon sa voiture au garage. Une manière d’éviter un stress inutile.

 »En voiture, il me fallait plus de 35 minutes pour faire le trajet entre mon bureau sur le Boulevard Bordeaux jusqu’à mon domicile près de la place de la victoire en passant par les boulevards de Paris et Lalla Yacout. Alors qu’en marchant, j’ai constaté, chronomètre à la main, que je faisais le même trajet en moins de temps », dit-il, ajoutant qu’il faut bien s’accommoder de la situation, en attendant le tramway.

Et comme lui, une majorité de casablancais semble prendre la chose avec philosophie, sachant bien pertinemment que c’est la facture du progrès car si le tramway ne fait toujours pas l’unanimité au début et pendant la réalisation des travaux, il n’en reste pas moins que tout le monde s’accorde sur son importance pour enfin une mobilité moins stressante à Casablanca.

Et ce ne sont pas seulement les automobilistes qui pâtissent de cette circulation au compte-goutte causée par les travaux d’aménagement de la voie du tramway, les commerçants aussi se plaignent du manque à gagner, notamment au Boulevard Mohammed V où les patrons des commerces et autres cafés-restaurants affichent une mauvaise mine à défaut de clientèle. Et comme les textes de loi ne prévoient aucune indemnisation en l’espèce, ils n’ont plus que les yeux pour pleurer. A moins de délocaliser provisoirement leurs activités ou prendre un congé sabbatique en attendant la levée des barricades et le retour à la normale.

Dans ce lot de mécontents, les piétons aussi ne savent pas parfois où donner de la tête quand bien même le maître d’ouvrage a érigé le long des boulevards en chantier des passerelles pour les aider à traverser d’une rive à l’autre. Un déplacement devenu tortueux pour les bien portants et encore plus pour les personnes à mobilité réduite.

Et pour les personnes qui se déplacent en taxi, c’est aussi la galère car certains chauffeurs refusent sèchement de les prendre vers les destinations où ils risquent d’être pris pour longtemps dans les bouchons. Une course coûteuse pour eux en temps et surtout en carburant.

Des bouchons partout en ce mois de Ramadan de 8h30 à 17h30 et pas seulement dans les artères où se déroulent les travaux mais aussi dans les boulevards épargnés comme c’est le cas tous les jours y compris le week-end à Zerktouni, Lalla Yacout, les FAR ou encore au Boulevard Mohammed VI.

Désarmés devant cette situation de blocage, les casablancais comptent les jours et attendent avec beaucoup de patience la fin du calvaire prévu en décembre 2012. Une échéance qui coïncide avec l’ouverture à la circulation de la première ligne du Tramway qui pourra transporter jusqu’à 250.000 passagers par jour en reliant par 38 rames qui sillonneront 10 avenues à travers 40 stations espacées de 500 à 800 mètres (avec une fréquence de 5 min), les quartiers Nord-Ouest (Sidi Moumen, Moulay Rachid) à ceux du Sud-Ouest de la métropole (Hay Hassani et quartier des Facultés) en passant par le centre-ville.

L’itinéraire du tramway commence aux Boulevards Okba et Ibn Tachfine, en passant par le Boulevard Achouhada (Hay Mohammadi). Il se prolonge jusqu’aux boulevards Mohammed V, Hassan II, Abdelmoumen, des Préfectures (Technopark, Sidi Maârouf et Facultés), pour dévier ensuite vers le Boulevard Anoual (Derb Ghallef et Cité Plateau) et les Boulevards Omar Al Khayam et Sidi Abderrahmane (Beauséjour). Et pour boucler la boucle, le tramway finira sa course au Boulevard Afghanistan (Hay Hassani).

En attendant, les casablancais essayent de s’accommoder autant que peut se faire de cette situation, espérant que l’échéance fixée pour la fin des travaux soit respectée. Pour le moment, les travaux sont à 50 pc selon le maître d’ouvrage, Casa-Transport qui indique que 3 kilomètres ont d’ores et déjà été libérés à la circulation au niveau d’un tronçon à Sidi Moumen.

Il est permis aussi que ce tramway changera aussi les habitudes d’un bon nombre d’usagers de la route en choisissant ce mode de transport dans leur déplacement au lieu de la voiture.

Une manière de rendre la circulation beaucoup plus supportable et d’atténuer les effets la pollution de l’air et des nuisances sonores qui torturent les habitants de la plus grande ville du Royaume. Une ville que le Tramway va certainement en modifier le visage. Pour le meilleur cette fois-ci.

A lire aussi...

Retrouvez-nous sur Facebook

L’agenda