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Abdelilah Benkirane nommé Chef du gouvernement : Le bal des débutants

Abdelilah Benkirane nommé Chef du gouvernement          : Le bal des débutants
Dernière mise à jour le 29/11/2011 à 10:01

C’est un communiqué du ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie qui l’a annoncé ce mardi 29 novembre: “Sa Majesté le Roi Mohammed VI a reçu mardi en début d’après midi dans la ville de Midelt, M. Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti Justice et Développement (PJD), que le Souverain a nommé Chef du gouvernement, conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution et l’a chargé de former le nouveau gouvernement”.

Cette nomination intervient après la victoire enregistrée par le PJD aux législatives du 25 novembre, à l’issue desquelles ce parti a obtenu au total 107 sièges, largement devant l’Istiqlal arrivé second avec 60 sièges.

“J’ai eu l’honneur d’être reçu par SM le Roi Mohammed VI qui m’a nommé chef de gouvernement et m’a chargé de former le futur cabinet. Les propos du Souverain m’ont procuré beaucoup de joie et je prie le Tout-Puissant de m’assister pour mener à bien la noble mission que m’a confiée SM le Roi, dans l’intérêt général et être à la hauteur du serment que j’ai prêté aujourd’hui devant Sa Majesté.”

Abdelilah Benkirane à la presse au terme de l’audience royale.

Baptême du feu pour les islamistes

“La politique, c’est comme les récoltes, il leur faut leur temps”, disait feu Hassan II. Aujourd’hui, c’est le temps du Parti Justice et Développement (PJD). Alors qu’il rongeait jusque-là son frein dans l’opposition, ce parti, qui a moins de 20 ans d’existence (il a été crée en 1996), se retrouve aujourd’hui par la force des choses aux commandes du pouvoir exécutif, pour la première fois de son histoire. Et ce, grâce en partie à son leader, Abdelilah Benkirane, dont le charisme et le verbe ont dû faire mouche.

“Parfois, on vous colle une image qui n’est pas la vôtre, alors je me bats et continuerai à me battre. Je finirai par convaincre les Marocains que le PJD est un parti comme les autres”, disait d’ailleurs il y a quelques mois Benkirane sur le plateau de 2M dans le cadre de l’émission “Mais encore?” animée par Hamid Barrada.

Il est parvenu à son but, et s’apprête donc à diriger le nouveau gouvernement, le premier sous l’ère de la nouvelle Constitution.

Le plus dur reste à venir

Toutefois, le PJD est obligé de gouverner dans le cadre d’une coalition, ses 107 sièges obtenus à la Chambre des représentants ne lui permettant pas à lui tout seul de constituer une majorité (la majorité absolue est fixée à 198 sur 395).

Sitôt de retour de Midelt, le nouveau chef du gouvernement devra donc vite ouvrir les consultations avec principalement les partis de la Koutla constituée par l’Istiqlal, l’USFP et le PPS en vue de la formation de la prochaine équipe gouvernementale.

Ces tractations s’annoncent difficiles, d’autant plus que, selon des rumeurs persistantes, il y aurait d’ores et déjà des points de friction entre l’USFP et le PJD portant sur le “choix des ministrables”. Alors que le parti de la lampe “préfèrerait des figures jeunes ou appréciées dans l’opinion, les dinosaures de l’USFP exigeraient leur participation” au prochain gouvernement.

Le RNI emboîte le pas au PAM

Quoi qu’il en soit, s’il y a encore de fortes chances que la Koutla intègre le prochain gouvernement en apportant notamment son expérience, le PJD ne peut en revanche compter sur le parti de l’actuel ministre de l’économie et des finances, Salaheddine Mezouar.

Le RNI, qui est arrivé 3e lors de ces législatives après avoir obtenu 52 députés, vient en effet de publier un communiqué dans lequel il a annoncé rejoindre l’opposition.

“En respectant l’approche démocratique et compte tenu des résultats des élections législatives qui se sont déroulées dans un climat d’honnêteté et de transparence, le RNI a fait le choix conscient et responsable de se positionner dans l’opposition, qui a un statut privilégié dans la nouvelle Constitution.”

Le RNI dans un communiqué.

Cette annonce intervient trois jours après que le Parti Authenticité et Modernité (PAM, 47 sièges) de Mohamed Cheikh Biadillah a lui aussi fait part de son positionnement dans l’opposition.

S’agit-il là d’une expression de solidarité du parti de la colombe vis-à-vis du parti du tracteur, les deux formations faisant partie d’un même groupement constitué de huit partis, à savoir le “G8”?

Biographie d’Abdelilah Benkirane

Le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane est né en 1954 à Rabat. En 1979, il obtient une licence en sciences physiques, avant d’enseigner à l’école normale supérieure de Rabat. Porté quatre fois à la députation, Benkirane a été élu secrétaire général du PJD en 2008, succédant à Saâdeddine El Othmani. Le nouveau chef du gouvernement, qui a rejoint la Chabiba Islamiya en 1976, était président du Mouvement “Réforme et Renouveau” et du conseil national du PJD. Membre du conseil supérieur de l’enseignement et ancien membre de la Commission spéciale éducation-formation, Benkirane est marié et père de six enfants.

Le PJD en quelques chiffres

Création en 1996
8 sièges au Parlement en 1997
42 députés en 2002
47 sièges en 2007
107 députés en 2011
15.000 adhérents
1500 conseillers communaux

Les Etats-Unis à propos de la victoire du PJD

L’administration Obama s’est voulue pragmatique lundi face à la victoire des islamistes aux élections législatives marocaines, prônant le “wait and see” (attendre et voir). “Il faut attendre et voir comment ce parti fonctionne dans la réalité, et quelles sont les choses qu’il dit publiquement, ainsi que sa gouvernance. Le nom que porte un gouvernement ou un parti est moins important que ce qu’il fait, et de savoir s’il agit dans le respect des règles démocratiques”, a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d’Etat dont les propos ont été rapportés par l’Agence France-Presse.

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