Aufait Maroc

Les dents de la mer sur une plage de rêve de la côte sud-africaine

Les dents de la mer sur une plage de rêve de la côte sud-africaine
Dernière mise à jour le 01/12/2011 à 12:43

La deuxième plage de Port St Johns est un paradis tropical heureusement ignoré des circuits touristiques en Afrique du Sud. Elle est aussi l’une des plages les plus dangereuses du monde, avec cinq attaques mortelles de requins en quatre ans.

« Il y en a eu une en 2007. Et puis en fait nous en avons eu quatre depuis 2009″, raconte Michael Gatcke, qui a vu un surfer être croqué sous ses yeux, alors qu’il prenait le frais sur la véranda de sa chambre d’hôtes en janvier.

« Quand la vague est retombée, j’ai juste vu le rouge dans la vague derrière. C’est alors que j’ai su, OK, c’est vraiment une attaque. »

La victime, Zama Ndamase, était l’un des élèves de son école de surf, qu’il a fermée depuis.

« C’est probablement la plage la plus dangereuse au monde en ce moment. C’est facile de spéculer, mais c’est dur de cerner ce qu’il en est réellement. »

Perle de la Côte sauvage (Wild Coast), cette plage de sable blanc de l’ancien Transkei (sud-est) où paressent quelques paisibles vaches semble pourtant bien tranquille, nichée entre des collines à la végétation luxuriante.

Les requins seraient attirés par le sang versé sur la plage lors de sacrifices d’animaux par des guérisseurs traditionnels, avancent certains. Ou énervés par la forte musique de certaines fêtes. Ou ils voudraient se venger des surfeurs et des sauveteurs qui troubleraient leur tranquillité, et ont de fait été les seules victimes..

« Pit-bulls de l’océan »

Les scientifiques notent que les agresseurs sont la plupart du temps des requins bouledogues. Les « pit-bulls » de l’océan, aussi appelé requins du Zambèze ou plus scientifiquement Carcharhinus leucas, qui font souvent plus de 2 mètres de long, sont connus pour leurs attaques en eau peu profonde.

« Je ne veux plus y aller, j’en ai vu assez. Dès la première attaque, je n’ai plus aimé l’eau », a soupiré Gerald Mtakati, un sauveteur qui est intervenu à chaque fois et a vu la chair entamée jusqu’à l’os.

Le bureau d’observation des requins du KwaZulu-Natal, basé à Durban (est), va s’intéresser à la question, et installer des balises sur les requins de Port St Johns pour étudier leur comportement.

« C’est assez inhabituel: non le nombre d’attaques, mais le fait qu’elles ont toutes été très, très agressives et ont entraîné des décès dans tous les cas », a indiqué à l’AFP son chef de la recherche Geremy Cliff.

« Si vous regardez la moyenne nationale, c’est probablement une sur six! »

Les requins bouledogues aiment l’eau douce, et fraient généralement dans l’estuaire de l’Umzimbuvu, qui se jette dans l’océan Indien au niveau de la première plage de Port St Johns.

La deuxième plage, à 5 km plus à ouest, était considérée comme sûre, car plus protégée.

« C’est incroyable, le fait n’il n’y ait jamais eu aucun problème sur cette plage pendant très longtemps. Maintenant, pourquoi avons-nous soudainement cette vague d’incidents? C’est l’une de ces choses que nous ne pouvons tout simplement pas expliquer! », avoue le chercheur.

L’Afrique du Sud, qui a déploré deux attaques mortelles –sur six dans le monde– l’an dernier, est généralement bien organisée, avec des filets de protection des plages comme à Durban ou des observateurs comme au Cap.

Mais à Port St Johns, la municipalité a été mise sous tutelle en octobre parce qu’elle n’avait pas payé ses sauveteurs.

Ndamase Mzimasi fait toujours partie de l’équipe qui vient en aide aux nageurs et surfeurs, bien qu’un requin ait tué son frère Zama en 2009.

« Des fois, ça me rend nerveux », avoue le jeune homme, qui ne va plus nager où il n’a plus pied.

Quant à Michael Gatcke, l’ancien moniteur de surf, il n’a plus jamais ressorti sa planche.

A lire aussi...