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Entre fête et contestation, l’Egypte commémore la révolte anti-Moubarak

Entre fête et contestation, l’Egypte commémore la révolte anti-Moubarak
Dernière mise à jour le 25/01/2012 à 21:12

Des dizaines de milliers d’Egyptiens se sont rassemblés mercredi au Caire et dans le reste du pays pour le premier anniversaire du début de la révolte historique contre le président Hosni Moubarak, entre ambiance de fête et appels au départ des généraux au pouvoir.

Islamistes, libéraux, militants de gauche et citoyens ordinaires se sont pressés pour cette « journée de la révolution » sur la place Tahrir au Caire, emblématique du mouvement qui mit fin en 18 jours à trente ans de règne de M. Moubarak.

Des manifestations rassemblant des milliers de personnes se sont également déroulées dans d’autres villes, notamment à Alexandrie (nord), Suez et Ismaïliya, en bordure du canal, selon des correspondants de l’AFP.

Selon les services de sécurité, des rassemblements ont eu lieu pratiquement dans tous les gouvernorats. Aucun incident majeur n’a été rapporté.

Au Caire, les manifestants brandissaient des banderoles festives ou militantes, reflétant les divergences sur ce que cette journée devait symboliser.

Les Frères musulmans, qui dominent l’assemblée récemment élue, étaient présents pour célébrer une révolte qui leur a permis de sortir de la semi-clandestinité et obtenir un triomphe dans les urnes. La confrérie a toutefois récusé l’idée de lancer une « deuxième révolution ».

Les mouvements pro-démocratie, moteurs de la révolte, ont affirmé quant à eux venir pour poursuivre leur révolution inachevée et demander le départ du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l’Egypte depuis la chute de M. Moubarak.

« Nous irons à Tahrir pour faire avancer les objectifs de la révolution quoi qu’il advienne », affirmait Hala Rashad, 46 ans, cuisinière dans un restaurant.

« Célébration du premier anniversaire », pouvait-on lire sur une énorme banderole sur la place Tahrir où des « comités populaires » fouillaient les gens se rendant au rassemblement. « Chute du pouvoir militaire », disait une autre.

Symbole des dissonances de cette journée, une fanfare militaire jouait des hymnes patriotiques, tandis qu’un peu plus loin des manifestants scandaient « à bas le pouvoir militaire! ».

Dans la soirée, des protestataires se préparaient à passer la nuit sur place, promettant de tenir un sit-in jusqu’à un prochain rassemblement vendredi.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a « félicité le peuple égyptien pour sa transition pacifique vers la démocratie », tout en appelant les autorités à « accélérer le rythme des réformes ».

Pour marquer l’événement, le pouvoir militaire a annoncé la libération de trois mille prisonniers « pour bonne conduite », soit un millier de plus que prévu initialement. Maïkel Nabil, un blogueur célèbre détenu pour avoir critiqué l’armée, a déjà été libéré mardi.

Les commémorations militaires officielles annoncées -parades, défilés aériens, remises de décorations etc.- sont restées très discrètes, y compris à la télévision d’Etat. L’armée a fait savoir qu’elles devraient se dérouler au fil des prochains jours.

Mardi, le chef du CSFA, le maréchal Hussein Tantaoui, a annoncé la fin partielle de la loi très décriée sur l’état d’urgence, en vigueur depuis 30 ans.

Mais cette législation restrictive pour les libertés publiques et les droits des détenus, est maintenue pour lutter contre les « voyous » ou « fauteurs de troubles », une définition vague qui fait redouter qu’elle ne continue d’être appliquée pour toutes sortes de motifs.

L’organisation Human Rights Watch a estimé que cette levée partielle, entrée en vigueur mercredi, était une « invitation à la poursuite des mauvais traitements ».

Les forces de sécurité avaient indiqué qu’elles se tenaient en état d’alerte en cas de « tentative de sabotage » des célébrations.

Le ministère de l’Intérieur a toutefois affirmé qu’il n’y aurait aucune présence policière sur le lieu des rassemblements et que les forces de l’ordre se concentreraient sur la protection des bâtiments publics.

Dans la foulée du soulèvement tunisien, le 25 janvier 2011 avait vu le début de manifestations d’une ampleur inédite sur la place Tahrir et à travers l’Egypte contre Hosni Moubarak, contraint à la démission le 11 février.

M. Moubarak, actuellement en détention dans un hôpital militaire, est jugé pour la mort de manifestants durant la révolte, qui a fait officiellement près de 850 morts. Il risque la peine capitale s’il est reconnu coupable.

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