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Iran : nouvelle offensive du pouvoir contre internet, vives critiques

Iran: nouvelle offensive du pouvoir contre internet, vives critiques
Dernière mise à jour le 21/02/2012 à 14:27

Le pouvoir iranien a de nouveau coupé sans explications cette semaine l’accès à la plupart des messageries et sites internet étrangers, suscitant une flambée de critiques jusqu’au sein du camp conservateur qui dirige le pays.

« Les e-mails ont de nouveaux été coupés et la patience des utilisateurs est à bout », selon l’agence Isna qui a notamment dénoncé « la perturbation apportée aux activités de ceux qui utilisent internet pour des besoins professionnels ».

Les accès aux messageries Gmail (Google), Yahoo ou Hotmail (Microsoft) utilisées par des millions d’Iraniens, interrompus durant plusieurs jours début février, sont à nouveau bloqués depuis lundi, selon les médias iraniens nombreux à critiquer les autorités.

Le pouvoir « joue avec les nerfs des utilisateurs de l’internet », accuse le quotidien réformateur Shargh à sa « Une » mardi, critiquant le fait que les différents départements du ministère des Télécommunications « se renvoient la balle » pour expliquer les nouvelles restrictions.

« La coupure des liaisons internet a créé de nombreux problèmes pour les usagers », proteste le site Alef.ir du député conservateur influent Ahmad Tavakoli, président du Centre de recherches du Parlement.

« Aucun responsable des télécommunications ou des services de sécurité n’a donné d’explication à cette mesure. Apparemment, ceux qui l’ont prise n’accordent aucune importance à l’opinion publique et au mécontentement créé », dénonce-t-il.

Les autorités ont également coupé, pour la première fois, tout accès au protocole VPN (Virtual private network) qui permettait jusqu’alors aux entreprises de contourner les blocages pour travailler avec l’étranger.

Le VPN était également utilisé par un nombre croissant d’internautes iraniens pour avoir accès aux réseaux sociaux comme Facebook, Youtube ou Twitter ainsi qu’aux dizaines de milliers de sites étrangers, notamment de médias ou gouvernement occidentaux, bloqués par le pouvoir.

Le blocage du VPN a été critiqué par le directeur du département des technologies modernes au Parlement, Reza Bagheri Asl, qui a rappelé que beaucoup d’entreprises, « par exemple les banques et les institutions financières, utilisent ce protocole offrant un niveau de sécurité élevé pour échanger des informations ».

Contrairement à ce qu’affirment certains responsables iraniens, « le VPN n’est pas illégal, il n’y a aucun article dans la législation qui le dit », a-t-il souligné.

Le ministre iranien des Télécommunications Reza Taghipour avait affirmé en novembre que l’usage du VPN constituait un « délit ». « Le VPN est illégal et nous avons les outils techniques pour en empêcher l’emploi », avait-il averti.

Avec plus de 36 millions d’internautes pour 75 millions d’habitants, l’Iran est le pays du Moyen-orient le plus branché sur le web qui a joué un grand rôle dans les manifestations populaires ayant secoué le pays après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Depuis, les autorités coupent ou réduisent les liaisons internet lorsqu’elles craignent des manifestations de l’opposition.

Le régime iranien accuse aussi régulièrement les Occidentaux d’utiliser la toile pour mener une « guerre non déclarée » visant à le déstabiliser, M. Taghipour allant jusqu’à affirmer que Google et Yahoo constituaient une « menace pour la sécurité nationale du pays ».

Dans cette optique, les autorités ont annoncé la mise en place, à partir de 2012, d’un « internet iranien » devant se substituer progressivement aux serveurs et moteurs de recherche étrangers.

Elles ont indiqué fin décembre avoir rapatrié en Iran l’hébergement de 90% des sites officiels pour des « raisons de sécurité », et encouragé les entreprises à faire de même.

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