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Le conte marocain : une mémoire contre l’oubli

Le conte marocain : une mémoire contre l’oubli
Dernière mise à jour le 30/03/2012 à 10:47

Quelques jours après la clôture des « Nuits du conte » de Béni Mellal, l’idée de sauvegarder ce patrimoine immatériel oral, pour assurer sa transmission aux générations futures, s’impose avec force et insistance.

« Chaque peuple se réclame de la créativité de ses femmes et de ses hommes » et le génie marocain a tissé des contes à émerveiller un public des plus prétentieux. Ce trésor doit être sauvegardé pour « aller de l’avant, éviter les erreurs de parcours et non pour glorifier un passé révolu ».

Qui ne se souvient pas des contes de « Hdiddane » connu pour sa ruse ? Qui n’a pas éprouvé du chagrin pour « Haïna », la belle fiancée de Adil captivée par « l’ogre »? Et qui n’a pas montré de l’admiration à « Ness Rtal » (demi-livre) qui a réussi à compenser sa petite taille avec une intelligence incontournable? Tant de contes que susurraient nos grand-mères et mères, la nuit, nous transportant vers des mondes imaginaires où, souvent, le bien finit par vaincre le mal et le courage, la sagesse et l’intelligence donnent leurs fruits.

Forêts, mers, grottes, palais et souks sont les lieux où on croisait des personnages de tous âges et de tous les moods (princes, sultans, ogres et ogresses, femmes intelligentes, hommes d’une fausse candeur, djinns…), et où se déroulaient les événements contés par des personnes qui savent attirer l’attention par le verbe et la verve.

Ce conte, avec ses différentes variantes dans l’espace et dans le temps, ne sert pas uniquement à bercer. « Il est l’expression première des réponses de l’humanité aux mystères de la vie. C’est la synthèse des expériences accumulées durant plusieurs générations et donc le moyen de les transmettre aux générations futures », a déclaré à la MAP, Moha Souag, auteur de plusieurs romans et recueils de poèmes et de nouvelles.

« Les anciens contes comportent une philosophie de la vie, bien que cette philosophie soit empirique, elle n’en est pas moins un moyen d’appréhender la vie et de concevoir, dans la réalité, une conduite vis-à-vis de la nature et de la société », précise l’auteur de « Les contes à Moha ».

Outre son rôle de distraction, le conte est « le moyen de transmission d’une morale, d’une philosophie, d’une cosmogonie, de tout un trésor culturel qui constituait et qui constitue encore le lien solide entre les membres d’une même aire culturelle », indique-t-il.

Et qu’en est-il des « ères » culturelles? La présidente du Centre international de recherches sur les arts de la parole, Fatima Zahra Salih insiste sur le rôle pédagogique de cet art oral, confirmé « depuis les premiers travaux de Freud puis celles de Bruno Bettelheim ».

« Les contes nous aident à grandir (…). La symbolique qu’ils recèlent fait passer des messages aux petites comme aux grandes oreilles », dit cette spécialiste des contes de Tadla Azilal.

Cette oralité ne sert-elle pas à stimuler l’hémisphère droit du cerveau ?

Souag est parfaitement d’accord puisqu’il s’attache à souligner le rôle de cette oralité qui contribue à booster l’imagination et la créativité, combien importantes pour le développement personnel.

« Sans imagination, il y n’y a pas de développement. Il y a un risque de vivre dans le prêt à penser », dit ce professeur qui a animé des ateliers d’écriture de conte en faveur des élèves, soulignant que « plusieurs expéditions et inventions scientifiques sont nées dans l’esprit des savants grâce aux contes qu’ils ont lus dans leur enfance ».

Les deux spécialistes marocains tirent la sonnette d’alarme sur le « danger certain » que court ce trésor humain vivant (THV) au Maroc et dont la viabilité ne dépend pas des adaptations cinématographiques, des livres ou des bandes dessinées.

Pour parer à ce risque, qui devient plus grave dans un contexte mondialisé, marqué par la « déferlante des multimédias » et des « attaques insidieuses de tous les côtés du ciel », et permettre la pérennité de ce THV, Souag estime qu’il faut passer à « un stade plus scientifique et plus rigoureux », en généralisant l’enseignement de ce patrimoine national.

Il met l’accent, dans ce cadre, sur la nécessité de constituer des équipes multidisciplinaires pour « faire un travail en profondeur des trésors que contient le patrimoine oral de tout le Maroc (…) et découvrir des structures originales des contes ».

A part quelques initiatives individuelles de collecte et de publication des recueils, le Maroc, qui a ratifié en 2006 la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, doit prendre des décisions et mettre en place une politique adéquate en la matière, selon Mme Salih.

« Le conte marocain n’aura-t-il pas son Propp? », s’interroge Souag avec l’espoir d’un homme qui croit en l’avenir. Shakespeare avait dit que « la vie est un conte » (Life is a tale). Cela ne veut-il pas dire que la fin du conte menace la Vie de l’Homme dont la force réside dans son imagination et ses rêves?.

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