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Birmanie : les derniers jours des sanctions européennes

Birmanie: les derniers jours des sanctions européennes
Dernière mise à jour le 15/04/2012 à 9:39

Les sanctions de l’Union européenne contre la Birmanie vivent probablement leurs derniers jours, après une série de réformes politiques majeures orchestrées par le régime en cours, en passe d’enregistrer sa première grande victoire sur l’échiquier international.

L’Occident avait déjà pris quelques mesures symboliques pour soutenir le président Thein Sein. Mais l’appel à « suspendre » les sanctions, lancé vendredi conjointement par le Premier ministre britannique David Cameron et la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi, sonne comme un tournant fondamental.

Les analystes estiment que les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne devraient plus opposer de résistance à ce scénario le 23 avril, lors d’une réunion à Luxembourg, et ouvrir enfin cette nouvelle frontière aux investisseurs du vieux continent.

Londres, ancienne puissance coloniale, était jusqu’à maintenant tenante d’une certaine ligne dure vis-à-vis de Naypyidaw. Et l’appel de Cameron, « pour le bien d’un pays qui a réclamé la liberté après des décennies de dictature », sera difficile à ignorer.

« La décision des ministres des Affaires étrangères ressemble à un fait accompli », estime ainsi Jim Della-Giacoma, du groupe de réflexion International Crisis Group, évoquant « une levée de facto des sanctions ».

Depuis un an, le régime dit « civil » de Thein Sein n’a cessé de séduire.

Il a libéré de nombreux prisonniers politiques et ouvert des négociations avec les groupes ethniques rebelles, même si les armes dominent encore les débats en Etat Kachin (nord) où les exactions contre les civils perdurent.

Surtout, il a organisé les élections partielles du 1er avril, tapis rouge pour l’entrée au parlement de Suu Kyi et de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie.

Le fait que la lauréate du prix Nobel de la paix emboîte le pas de Cameron sur la suspension est décisif, relève Gareth Price, du groupe de réflexion Chatham House, selon lequel son opinion est « déterminante en Grande-Bretagne et au delà, pour la position européenne ».

La suspension, qui permet de garder intacte la menace des sanctions si les conservateurs venaient à refaire surface à Naypyidaw, est « une voie médiane intelligente », poursuit-il. « Tout le monde veut que le processus de réformes se poursuive et la question est de savoir comment y parvenir ».

L’UE a déjà levé les interdictions de voyager de 87 hauts responsables, dont Thein Sein, en février. Le 23, le jour où Suu Kyi siègera pour la première fois comme députée, elle devrait autoriser les investissements et les importations de plusieurs produits sensibles, tout en maintenant l’embargo sur les armes.

Mais il sera plus compliqué de faire basculer les Etats-Unis, qui se sont déjà engagés à alléger les restrictions sur les investissements et à nommer rapidement un ambassadeur, mais qui vont devoir eux aussi aller plus loin.

Car si le processus est simple en Europe ou en Australie, les sanctions américaines sont « inscrites dans la loi », une garantie de lenteur en cette année électorale à Washington. « Il faut s’attendre à des gestes plus progressifs aux Etats-Unis », pronostique Jim Della-Giacoma.

Il n’empêche. Cette actualité politique intérieure et internationale va encore aiguiser l’appétit des multinationales. « L’économie birmane offre des opportunités immenses », assure Rajiv Biswas, chef économiste de l’IHS Global Insight, soulignant le potentiel du tourisme, des hydrocarbures et du système bancaire, à bâtir de zéro.

Les premiers investissements, selon lui, devraient accompagner une forte augmentation de l’aide, faisant de la Birmanie « la prochaine ruée vers l’or » pour des secteurs comme la construction et la santé.

Mais à l’heure où les politiques doivent agir, les entreprises sont plus circonspectes après 50 ans de gestion désastreuse et de confiscation des richesses par la junte et ses affidés.

« C’est un pays sans règle de droit. L’idée que les compagnies occidentales vont y investir des milliards me semble improbable, jusqu’à ce qu’émergent de vrais changements du cadre légal ».

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