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Génocide : le TPIR transfère son premier accusé au Rwanda

Génocide: le TPIR transfère son premier accusé au Rwanda
Dernière mise à jour le 19/04/2012 à 17:36

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a pour la première fois transféré à Kigali jeudi un accusé du génocide des Tutsi de 1994, le pasteur Jean Uwinkindi, un transfèrement qui, espère le Rwanda, servira d’exemple pour d’autres renvois.

Jean Uwinkindi est arrivé par avion à Kigali dans la soirée, a constaté un journaliste de l’AFP

Son avocat, Maître Claver Sindayigaya, avait un peu plus tôt annoncé son départ d’Arusha, où siège le TPIR dans le nord de la Tanzanie. L’information avait été confirmée par un responsable du TPIR sous couvert d’anonymat.

« Pour nous, c’est un sentiment de grande satisfaction, » a déclaré à l’AFP le porte-parole du parquet général du Rwanda, Alain Mukurarinda.

« Nous avons démontré au monde que la justice dans notre pays est crédible et indépendante, » a-t-il poursuivi. « Sans les forcer, nous invitons les pays qui abritent des présumés responsables du génocide à suivre l’exemple du TPIR. »

Le Rwanda a adressé des demandes de renvoi à plusieurs pays occidentaux, dont la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, les Etats-Unis et le Canada.

En janvier, le Canada a expulsé vers Kigali Léon Mugesera, ex-homme politique inculpé depuis pour planification du génocide de 1994, incitation à prendre part au génocide et distribution d’armes. Washington a aussi déjà extradé deux personnes.

Fin mars, la justice française a quant à elle, pour la première fois, donné un avis favorable à l’extradition vers le Rwanda de Claude Muhayimana, pour participation présumée au génocide.

Jean Uwinkindi, arrêté le 30 juin 2010 en Ouganda, est poursuivi pour génocide, extermination et crimes contre l’humanité. L’accusation lui reproche d’avoir dirigé plusieurs attaques contre les Tutsi réfugiés dans sa propre paroisse de Kayenzi, en avril 1994.

Le TPIR avait annoncé en juin dernier le renvoi de son dossier devant la justice de Kigali, une décision alors inédite à laquelle le pasteur a jusqu’au bout tenté de s’opposer, estimant qu’il ne pourrait bénéficier d’un procès équitable dans son pays d’origine.

Mardi, son avocat Me Sindayigaya avait déposé une motion dénonçant les conditions dans lesquelles se déroule, à Kigali, un autre procès, celui de l’opposante Victoire Ingabire.

A la tête d’une formation d’opposition non reconnue par le régime du président Paul Kagame, lui-même issu de la rébellion tutsi arrivée au pouvoir après le génocide, Mme Ingabire est notamment poursuivie pour propagation de l’idéologie du génocide et atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Elle a décidé de boycotter son procès pour protester contre la décision de ses juges d’écourter l’audition d’un témoin à décharge.

Jusqu’en juin 2011, le TPIR avait refusé plusieurs demandes de renvoi formulées par Kigali, estimant aussi que le pays ne remplissait pas les conditions pour des procès équitables. La juridiction internationale a changé de position après une série de réformes judiciaires mises en oeuvres par le Rwanda.

Deux autres dossiers ont depuis été renvoyés à Kigali : ceux d’un ex-inspecteur de police judiciaire, Fulgence Kayishema, et d’un ancien maire, Charles Sikubwabo. Tous deux sont en fuite.

Le transfert de dossiers vers des juridictions nationales fait partie de la stratégie de fin de mandat du TPIR, qui s’est engagé à terminer ses procès de première instance fin juin cette année et les appels fin 2014.

Déclenché après l’assassinat le 6 avril 1994 du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, dont l’avion avait été abattu au dessus de Kigali, le génocide rwandais a fait 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi, entre avril et juillet 1994.

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