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Tunisie : reprise sous surveillance du procès Nessma TV, test pour la démocratie

Tunisie: reprise sous surveillance du procès Nessma TV, test pour la démocratie
Dernière mise à jour le 19/04/2012 à 17:28

Le procès du directeur de la chaîne privée tunisienne Nessma TV poursuivi pour « atteinte aux valeurs du sacré » après la diffusion du film Persepolis, a repris jeudi sous haute surveillance au milieu de manifestations anti-Nessma et pro-libertés près du Palais de justice à Tunis.

Nabil Karoui, est poursuivi pour « atteinte aux valeurs du sacré, atteintes aux bonnes moeurs et troubles à l’ordre public ». Les reproches portent sur la diffusion en octobre 2011 du film franco-iranien, quinze jours avant la première élection post-Ben Ali gagnée par le parti islamiste Ennahda qui a pris la tête du gouvernement.

L’affaire avait déchaîné les passions et suscité une vague de violences entre partisans des libertés retrouvées et défenseurs de l’islam. Des extrémistes avaient tenté d’attaquer le siège de la chaîne et d’autres ont mis en place un comité de défense des libertés.

En cause: une scène du film qui décrit le régime iranien de Khomeiny à travers les yeux d’une fillette parlant à Dieu personnifié, la représentation d’Allah étant proscrite par l’islam.

Nabil Karoui s’était « excusé » pour la diffusion de cette scène, sans réussir à faire cesser les poursuites engagées par des avocats de la partie civile.

« C’est un jour décisif pour la liberté d’expression et de la presse », a déclaré jeudi M. Karoui jeudi à l’AFP. « Le jugement sera historique et aura un effet sur la région », a prédit M. Karoui dont la chaîne diffuse également des programmes pour l’Algérie et le Maroc.

Ouvert dans le chaos le 16 novembre et reporté deux fois depuis, son procès a de nouveau provoqué des manifestations aux abords du palais de Justice, où un important dispositif policier était déployé.

Des journalistes et militants tunisiens avaient été insultés et agressés par des extrémistes lors d’une audience le 23 janvier.

« Dégage! Dégage média de la honte », ont crié jeudi des dizaines de jeunes agitant le drapeau noir des salafistes. « A bas les Rcdistes! » lançaient-ils par haut-parleur visant les partisans de l’ex-parti au pouvoir (RCD) dissous après la fuite de l’ex-président Ben Ali envers lequel Nessma était jugée complaisante.

- « Ni Amérique, ni Qatar » -

Le partisans de la chaîne ont entonné eux l’hymne national. Quelques « dégage! » ont fusé en direction des salafistes. « Médias libres en Tunisie, ni Amérique, ni Qatar », ont-ils scandé dénonçant un appui supposé des Etats-unis et du Qatar aux islamistes au pouvoir en Tunisie.

Amnesty International (AI) a évoqué une affaire qui « met en lumière les attaques contre la liberté d’expression ».

« Poursuivre en justice et condamner des personnes parce qu’elles ont exprimé pacifiquement leurs opinions, même si celles-ci peuvent être considérées comme totalement choquantes par certains est totalement inacceptable », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui, responsable d’AI.

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) a mandaté une mission d’observation. « Nous sommes ici pour vérifier et constater que les instruments internationaux sont bien respectés dans ce procès », a dit à l’AFP un membre de la FIDH, Antoine Garapon.

Ce procès « engage un principe fondamental qui est celui de la liberté d’expression et la liberté de création », a ajouté ce magistrat français.

De nombreux avocats de la défense et de la partie civile poursuivaient jeudi après-midi leurs plaidoiries axées sur les libertés et le sacré.

« Allah n’a mandaté personne pour le défendre », a lancé Me Faouzi Ben Mrad, un avocat de gauche. Ses confrères de la partie civile ont plaidé des limites à la liberté dès lors qu’il s’agit de « sentiments religieux ».

Le tribunal de première instance de Tunis prononcera son verdict le 3 mai.

La représentante de l’Organisation française de défense de la liberté de la presse (RSF) a relevé la coïncidence de cette date avec la journée mondiale de la liberté de la presse et espéré l’aquittement.

« Nous sommes dans l’attente et l’espoir de voir Nabil Karoui acquitté », a déclaré à l’AFP Olivia Gré, affirmant que le procès « n’aurait pas dû avoir lieu ».

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