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Ecoutes en Grande-Bretagne : sévère réquisitoire parlementaire contre les Murdoch

Ecoutes en Grande-Bretagne: sévère réquisitoire parlementaire contre les Murdoch
Dernière mise à jour le 01/05/2012 à 19:48

La commission parlementaire enquêtant sur l’affaire des écoutes a dressé mardi un réquisitoire sans appel contre Rupert et James Murdoch, estimant que le magnat des médias n’était « pas apte » à diriger un grand groupe et mettant en doute les compétences de son fils.

« Rupert Murdoch a fermé les yeux et fait preuve d’un aveuglement délibéré sur ce qui se passait dans ses sociétés et publications », a souligné la commission des médias au terme de neuf mois et demi d’investigations sur le scandale des écoutes téléphoniques au sein de l’ex-tabloïde News of the World (NotW).

Elle en conclut que le magnat, âgé de 81 ans, « n’est pas apte à assumer la direction d’un grand groupe international » comme le sien, une critique que certains membres de la commission se sont toutefois refusés à endosser.

Le NotW et News International (filiale chapeautant les journaux britanniques du groupe Murdoch) ont « trompé la commission sur la vraie nature et l’étendue des investigations qu’ils ont affirmé avoir menées sur les écoutes téléphoniques », relève encore son rapport final de 121 pages.

Il appartient maintenant aux députés de décider « quelles sanctions doivent être imposées à ceux qui ont traité la commission avec mépris », ajoute-t-il. Des sanctions qui ne devraient toutefois pas concerner les Murdoch dont la responsabilité individuelle n’est pas mise en cause, mais d’autres dirigeants de News International.

Le NotW, fermé précipitamment cet été à cause du scandale, est soupçonné d’avoir fait écouter quelque 800 personnes dans les années 2000 pour obtenir des scoops. Mais les Murdoch ont toujours affirmé n’avoir pas été informés de l’ampleur de ces pratiques qu’ils pensaient limitées à un journaliste sans scrupule.

Le fils de Rupert Murdoch, James, longtemps considéré comme son dauphin et qui a dû démissionner de ses fonctions à la tête de News International et de BSkyB à cause du scandale, n’est pas épargné par la commission: il a « volontairement ignoré » ce qui se passait, ce qui pose « clairement le problème de sa compétence », juge-t-elle.

Rupert Murdoch avait comparu devant cette instance en juillet 2011 avec son fils, qui a été convoqué une deuxième fois en novembre.

La rédaction de ce rapport à charge contre les Murdoch a suscité des tiraillements au sein de la commission, composée de députés travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates (centre). Les conclusions ont été adoptées par 6 voix contre quatre, celles des tories.

« Ce rapport sera perçu à juste titre comme partisan. Il a perdu une grande part de sa crédibilité », a souligné la députée tory Louise Mensch.

Le travailliste Tom Watson a, lui, déploré cette absence d’unanimité: « ces gens ont corrompu notre pays (…) Ils ont menti, triché, menacé et nous devrions avoir honte de penser que nous nous sommes aplatis devant eux si longtemps ».

Cette mise en cause des Murdoch père et fils tombe à un moment délicat pour leur groupe, News Corp., ébranlé depuis des mois par le scandale des écoutes. L’Ofcom, le gendarme des médias, mène actuellement une enquête qui pourrait le conduire à retirer sa licence de diffusion au bouquet de chaînes par satellite BSkyB, dont Murdoch est le principal actionnaire, s’il n’était plus considéré comme un opérateur « apte et convenable ».

Le régulateur a simplement indiqué mardi qu’il poursuivrait ses investigations « au vu des nouveaux éléments ».

Mardi soir, News Corp. a dénoncé un rapport suivi de commentaires « injustifiés et hautement partisans », tandis que Rupert Murdoch, dans une lettre aux employés de sa filiale britannique, assurait que « le plus dur est drrière nous, qui a consisté à regarder avec honnêteté nos erreurs passées ».

Le magnat des médias annonce que l’enquête interne conduite par le groupe dans deux de ses journaux, The Times et son édition dominicale, s’est conclue « sans preuve de conduite illégale ». Mais il ne précise pas les conclusions de l’enquête qui a également pris fin au Sun, le tabloide le plus vendu du pays.

Le rapport parlementaire n’est qu’une étape dans cette affaire politico-médiatique tentaculaire: une enquête de la police est en cours et une commission indépendante doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année.

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