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Birmanie : situation explosive dans l’extrême Nord malgré les appels à la paix

Birmanie: situation explosive dans l’extrême Nord malgré les appels à la paix
Dernière mise à jour le 03/05/2012 à 12:12

Malgré les appels répétés à un cessez-le-feu de la communauté internationale, la situation reste explosive dans l’extrême Nord de la Birmanie, où les rebelles de la minorité ethnique kachin craignent désormais une offensive majeure de l’armée.

Les combats entre les militaires birmans et l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA), qui avaient repris en juin dernier dans l’Etat Kachin après une trêve de 17 ans, se poursuivent depuis et ont déplacé des dizaines de milliers de civils.

Selon un responsable de la KIA qui a préféré rester anonyme, l’armée prépare désormais une attaque contre une des principales bases du groupe rebelle à Laiza, près de la frontière avec la Chine.

« Ils ont renforcé les troupes et envoyé beaucoup d’artillerie autour de Laiza, mais ils n’ont pas encore attaqué », a-t-il déclaré à l’AFP jeudi, précisant que 2.000 soldats birmans étaient postés autour de la ville sous contrôle de la KIA, qui y dispose elle-même de 3.000 combattants.

Le président Thein Sein a pourtant donné l’ordre à l’armée de ne plus attaquer les groupes rebelles, sauf en cas de légitime défense. Mais Khin Yi, ministre de l’Immigration impliqué dans les négociations avec les minorités, avait reconnu que « parfois, l’ordre (n’atteignait) pas la base ».

La paix n’est pas facile parce que « les deux côtés sont à fleur de peau », a commenté Win Min, politologue à l’université d’Harvard, notant que les responsables militaires locaux n’étaient pas forcément enclins à suivre les ordres de Naypyidaw.

« Les efforts (de Thein Sein) pour freiner les éléments les plus agressifs du commandement des forces armées ont été médiocres », a renchéri Nicholas Farrelly, de l’Université nationale d’Australie. En face, la KIA « se prépare à une telle épreuve de force depuis des années ».

Signe selon la KIA d’une offensive en préparation, la presse officielle, qui fait rarement état de cette situation, a rapporté ces derniers jours de multiples incidents impliquant les rebelles kachins.

Le quotidien officiel New Light of Myanmar avait ainsi évoqué dimanche la morts de quatre fonctionnaires. Il a également accusé les rebelles d’avoir tué un enfant de cinq ans en utilisant des armes lourdes contre un village, et d’avoir posé des mines sur des rails.

Des accusations farouchement niées jeudi par la KIA.

Le nouveau gouvernement, qui a multiplié les réformes spectaculaires depuis la dissolution de la junte en mars 2011, a entamé fin 2011 des négociations avec les minorités ethniques qui n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance, en 1948.

Il a conclu des cessez-le-feu avec plusieurs groupes rebelles, mais les négociations avec les Kachins ont échoué.

La poursuite des combats est dénoncée de façon insistante par la communauté internationale qui réclame une solution politique et pacifique. « La population kachin ne devrait plus se voir nier la chance de paix et de développement qu’un accord de cessez-le-feu et un accord politique pourraient apporter », a souligné lundi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Le gouvernement a récemment modifié l’équipe de négociations, mettant à sa tête le vice-président Sai Mouk Kham, membre de la minorité shan, a indiqué le responsable de la KIA, qui n’y voit qu’un « jeu » destiné à « montrer un visage ethnique ».

« Le président essaie de retirer les tenants de la ligne dure » de ces discussions cruciales, a tempéré Win Min.

« A un certain stade, il y aura un accord de paix », prévoit de son côté Farrelly. Le tout est de savoir à quelle échéance. « Thein Sein doit déterminer combien d’appelés birmans doivent mourir et quel degré de carnage sera toléré avant d’atteindre ce résultat. »

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