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Corée du Nord : chanter ou danser peut conduire aux camps d’enfermement

Corée du Nord: chanter ou danser peut conduire aux camps d’enfermement
Dernière mise à jour le 03/05/2012 à 9:38

Danser avec un étranger, fredonner un chant sud-coréen ou oublier de qualifier le fondateur de la Corée du Nord de « dirigeant suprême » suffit à envoyer les citoyens de ce pays dans des camps de travail, où beaucoup finiront par mourir, selon un rapport bientôt publié.

Ce rapport, dont l’AFP a obtenu la lecture d’extraits avant sa publication prochaine, a été écrit par la Commission nationale des droits de l’Homme, une agence qui dépend du gouvernement sud-coréen.

Les témoignages de 834 réfugiés au Sud contenus dans le rapport sont corroborés par les récits d’autres transfuges, interrogés par des journalistes ou des associations de droits de l’Homme.

Les ONG estiment que ces camps de travail renferment quelque 200.000 prisonniers.

Le rapport liste les « crimes » commis par 278 détenus, entre la mi-1990 et 2005.

Une soixantaine sont coupables d’avoir tenté de passer la frontière, cinq de foi chrétienne, et 29 déclarés « coupables par association »: ils sont punis car des membres de leur famille sont accusés d’un crime aux yeux du régime.

Une trentaine ont critiqué le pouvoir, « diffamé la dignité » des dirigeants, loué le capitalisme, divulgué des secrets d’Etat ou ont été reconnus coupables de corruption.

Mais les motifs peuvent être encore plus futiles: une jeune femme a dansé à l’occidentale avec un étranger et un étudiant s’est risqué à fredonner une chanson sud-coréenne. Une famille entière a fini au camp car le père a omis de qualifier le fondateur du pays, Kim Il-Sung, de « dirigeant suprême », lors d’une session d’idéologie.

Pas ou peu de dissidents dans les camps: l’opposition n’existe quasiment pas en Corée du Nord, un des pays les plus fermés de la planète. Le régime communiste stalinien, en place depuis plus de 60 ans, contrôle d’une main de fer tous les moyens de communication.

Parmi les prisonniers figurent aussi d’anciens hauts responsables, tombés en disgrâce. La presse sud-coréenne cite le nom de Sim Chol-Ho, ancien vice-ministre des Postes et des Télécommumications, envoyé dans un camp en 2001 pour avoir critiqué les services secrets.

Selon un de ses anciens codétenus, l’ancien ministre a été libéré au bout de 18 mois. De retour en grâce, il est redevenu ministre en février.

Une rescapée raconte que 3.721 détenus du camp de Jeungsan, dans la province du Phyongan du sud (centre-ouest), sont morts de janvier à juin 2005.

Les témoignages des rescapés contenus dans ce rapport font écho à ceux recueillis par des journalistes et des ONG ces dernières années.

Dans un rapport de mai 2011, Amnesty International affirme que les camps d’enfermement ont augmenté en taille et en nombre ces dix dernières années, et renferment actuellement quelque 200.000 personnes, dans des conditions qu’elle qualifie d' »atroces ».

Les détenus assistent à des exécutions de leurs compagnons d’infortune et mangent des rats ou des graines retrouvées dans les excréments d’animaux pour survivre, selon ce rapport qui s’appuyait sur des images satellite et des témoignages d’anciens détenus ayant fui leur pays.

« Les détenus sont forcés de travailler dans des conditions proches de l’esclavage et sont fréquemment soumis à la torture et à d’autres traitements cruels », notait ce rapport.

Seuls ceux qui ont achevé leurs tâches ont droit à un bol de 200 grammes de gruau de maïs et des prisonniers meurent tous les jours.

Dans « Rescapé du Camp 14″, qui vient de sortir en France, le journaliste Blaine Harden raconte l’enfer vécu par Shin Dong-hyuk, né et élevé dans la plus terrible des cinq prisons politiques de Corée du Nord où il a été torturé et a vu mourir sa famille, avant de parvenir à s’évader en 2005, à 21 ans.

En plus de la faim et de la torture, Shin Dong-hyuk a été formé par les gardes à devenir un parfait délateur. Il a assisté à l’exécution publique de sa mère et de son frère, et a manqué mourir plusieurs fois, jusqu’à sa fuite.

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