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Syrie : des législatives malgré les violences, l’ONU dénonce le scrutin

Syrie: des législatives malgré les violences, l’ONU dénonce le scrutin
Dernière mise à jour le 07/05/2012 à 19:57

Les législatives se sont tenues lundi en Syrie malgré le contexte de violences, le régime espérant se donner une certaine crédibilité grâce à ce scrutin boycotté par l’opposition et dénoncé par l’ONU, les Etats-Unis et la France.

Les quelque 12.000 bureaux de vote ont fermé à 22H00 (19H00 GMT), selon la télévision officielle syrienne. Les opérations de dépouillement ont commencé aussitôt après mais aucune précision n’a été donnée sur le taux de participation ou l’annonce des résultats de ces premières élections « multipartites » depuis un demi-siècle.

Dans la journée, la télévision officielle a montré des électeurs déposant leur bulletin dans plusieurs régions du pays, au moment où des militants évoquaient un boycott du scrutin dans les zones rebelles.

« Le vote se déroule normalement, les électeurs affluant vers les bureaux de vote », a commenté le ministre de l’Intérieur Mohammad al-Chaar, tandis que dans des quartiers populaires de Damas comme Douela et Tabanneh, les électeurs se massaient pour voter.

Dans d’autres quartiers et plusieurs villes rebelles, une grève était observée à l’appel de l’opposition, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et des militants.

Au coeur de Damas, à l’entrée du bureau de vote place Sabaa Bahrat, Chahba Karim, 18 ans, a estimé que ces élections apporteraient « une réponse définitive à la crise », exprimant le point de vue des électeurs interviewés par la télévision d’Etat. « Avec ces élections, on sent que c’est le début de la fin de la crise, renchérit Rim Youssef, 22 ans, étudiante en psychologie:

Mais Fady, employé de presse de 47 ans, ne comptait pas déposer un bulletin dans l’urne: « Cela signifierait que je suis d’accord avec ce qui se passe et ce n’est pas le cas ».

Le régime de Bachar al-Assad « se fait des illusions s’il pense qu’il existe encore à travers cette mascarade d’élection, alors qu’il est incapable de contrôler les villes et les villages sans ses chars », a affirmé Noureddine al-Abdo, militant à Idleb.

Selon Abou Ghazi, militant à Hama, la grève a été observée dans cette ville pour protester contre l’élection de « ce Parlement de marionnettes de Bachar », en référence au président.

En cette journée électorale, le sang a encore coulé: 14 civils ont été tués par les forces du régime dans différentes localités, a indiqué l’OSDH, ajoutant que trois militaires de l’armée régulière ont été abattus lors d’affrontements avec des déserteurs.

Il s’agit des premières élections « multipartites » depuis un demi-siècle en Syrie, où le régime de Bachar al-Assad est confronté depuis mars 2011 à un mouvement de contestation réprimé dans le sang.

Le scrutin a été dénoncé par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour qui « le processus démocratique ne pourra pas réussir tant que la violence continuera ».

Pour la France, ces élections « s’apparentent à une farce sinistre », tandis que les Etats-Unis ont estimé que le scrutin « frise le ridicule ».

L’opposition, qui réclame le départ pur et simple du président Assad, a dénoncé des tentatives du régime d’acquérir une légitimité à travers ce scrutin qualifié d' »absurde ».

« Celui qui baigne la Syrie dans le sang, pousse à l’exode deux millions de Syriens et tire sur le peuple syrien ne possède aucune légitimité pour rédiger une Constitution, promulguer une loi électorale ou convoquer des élections », a affirmé le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, dans un communiqué.

Pékin, qui comme la Russie soutient Damas, a espéré que le scrutin aiderait « à promouvoir le processus de réformes en Syrie », à l’occasion d’une visite de représentants du CNS.

A travers le pays, 7.195 candidats sont en lice pour les 250 sièges de députés, alors que le Parlement ne siège pas depuis un an en raison du soulèvement.

Sept des neuf partis créés récemment ont présenté des candidats grâce à la nouvelle Constitution adoptée par référendum en février, qui a supprimé l’article accordant au parti Baas, au pouvoir depuis 1963, le rôle dirigeant dans la société.

Les violences se poursuivent en dépit du cessez-le-feu prévu par le plan Annan depuis le 12 avril, et pour lequel des observateurs ont été déployés.

Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé au chef de la mission, le général Robert Mood, que son gouvernement « facilitait » le travail des observateurs et selon l’agence officielle Sana, le général norvégien s’est félicité de « la coopération de Damas ».

La répression et les combats ont fait plus de 11.100 morts, en majorité des civils, selon l’OSDH et poussé à l’exil plus de 65.000 Syriens selon l’ONU, sans compter les dizaines de milliers de détenus. Damas assimile la rébellion à du « terrorisme » financé par l’étranger.

Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) a condamné lundi la mort « d’un sixième citoyen-journaliste » tué depuis le début de l’année en Syrie, en accusant les forces gouvernementales.

RSF dit avoir appris « avec effroi » la mort le 4 mai de Abdel Ghani Kaake, âgé de 19 ans, affirmant qu’il avait été « délibérément visé ».

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