Aufait Maroc

Gérard Prenant, Directeur général de Segedema, groupe Pizzorno : « La ville n’a pas les moyens financiers du service de qualité qu’elle veut »

Gérard Prenant, Directeur général de Segedema, groupe Pizzorno : « La ville n’a pas les moyens financiers du service de qualité qu’elle veut »
Dernière mise à jour le 10/05/2012 à 11:04

Pizzorno est en litige avec la ville de Casablanca depuis quelques années, où en êtes-vous en 2012?

Honnêtement, on n’a pas beaucoup avancé. La ville de Casablanca nous doit beaucoup d’argent. Quand on fait la différence entre les décomptes et les paiements qu’on lui a remis depuis le début du contrat en 2004, il y a un écart de plus de 100 millions de dirhams. On n’a pas l’impression que la ville veuille traiter le problème. Cela nous cause un gros handicap parce que le fond du problème est que la ville n’a pas les moyens financiers d’avoir la qualité de service qu’elle veut alors que chez nous Pizzorno, toute la stratégie est basée sur la qualité de service. Ce qui nécessite des coûts, une organisation, des innovations, des investissements. Aujourd’hui, la commune utilise tous les moyens pour nous gratter de l’argent, comme elle n’en a pas suffisamment: des pénalités injustifiées, des augmentations aléatoires de la masse salariale communale qu’elle retire de nos dépenses tous les mois. Notre exploitation est déficitaire, cela veut dire qu’on paie pour travailler sur Casablanca. Il va falloir qu’on arrête. Très clairement, nous ne souhaitons pas continuer notre contrat avec la commune de Casablanca, si elle continue de travailler dans les conditions citées ci-dessus. Sur les trois dernières années, on a perdu 30 millions de dirhams.

Etant donné que votre exploitation à Casablanca est déficitaire et que la commune ne vous aide pas, pourquoi ne pas résilier le contrat qui vous lie?

Premièrement, on est délégataire de service public. On est donc dans une situation particulière et il y a l’obligation de continuer le service public. On ne peut pas résilier le contrat comme on veut. Deuxièmement, notre objectif n’est pas de résilier le contrat, c’est de trouver un accord avec la commune. Si maintenant, la commune ne veut pas d’un accord, on peut résilier le contrat. Troisièmement, on veut une réunion de conciliation et c’est prévu dans la convention qui nous lie. C’est une commission de conciliation qui est présidée par le wali du Grand Casablanca en présence de l’opérateur et de la commune. On a écrit au wali, fin août 2011 pour réunir cette commission, on n’a jamais eu de réponse (une prise de contact a eu lieu, hier, entre la commune de Casablanca et Pizzorno, ndlr). Cela veut dire que la commune ne respecte pas les engagements de la convention.

Vous souhaitez un accord avec la commune, qu’est-ce qui le matérialiserait?

Dans les comptes payés, on a exactement, au 30 décembre 2011, un écart de 114 millions de dirhams. Sur cet écart, la ville a reconnu ne nous devoir que 44 millions. Il reste donc 70 millions. Pizzorno est prêt à abandonner une partie de ces 70 millions, soit 20 ou 25 millions. Mais il faut que la commune reconnaisse le reste.

Dans vos précédentes sorties médiatiques, vous insistiez sur une professionnalisation des relations avec les opérateurs de services, concrètement, à quoi faites-vous allusion ?

C’est un problème qui ne concerne pas seulement Casablanca. Nos interlocuteurs opérationnels sont les ingénieurs et avec eux, on a un double problème. Premièrement, il y a un problème de compétence. A ma connaissance, on n’a jamais eu des ingénieurs, venant de la commune, formés à notre métier. Deuxièmement, il y a la soumission de ces ingénieurs au pouvoir politique local. Dans une commune, la gestion des déchets est un domaine très sensible parce que quand l’opposition veut attaquer le président, elle s’attaque premièrement à la propreté de la ville. Dans ce cas de figure, la président fait remarquer à l’ingénieur que la société n’a pas fait correctement son travail et il faut la sanctionner tout de suite avec des pénalités… Cela veut dire qu’on a des relations qui ne connaissent que la logique de la contrainte alors que ce n’est pas comme cela qu’on doit travailler.

Rendre propre une ville est un travail de longue haleine. On doit mettre en place des réunions d’exploitation avec les communes, toutes les semaines, tous les 15 jours parce que les solutions aux problèmes ne sont pas que chez nous. Par exemple, on perd beaucoup d’argent avec les bacs qui sont dispersés dans la ville qui sont souvent volés ou détruits. C’est à la commune de créer par exemple une brigade de l’environnement pour que nos conteneurs soient respectés. Et en plus, au lieu de nous payer à 90 jours comme le stipule la convention, en moyenne, les communes nous paient avec une année de retard. On ne peut plus rien faire, on n’a plus les moyens financiers.

Tous ces problèmes nous handicapent dans les apports technologiques et le savoir-faire qu’on veut amener. Pizzorno a amené de nouvelles techniques de collectes à Casablanca. Pour surveiller la régularité de nos tournées de collectes, on a équipé tous nos camions de GPS. Ainsi, on sait où passent nos camions, à quelle heure… Et les citoyens savent par exemple qu’à telle heure, il faut sortir les bacs, dans telle rue. Parce que s’il n’y a pas de régularité, les gens sortent les déchets qui finissent par s’amonceler.

A lire aussi...

Retrouvez-nous sur Facebook

Recevez notre newsletter

×