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Sept mois après son lancement : Le projet TGV alimente toujours la polémique

Sept mois après son lancement : Le projet TGV alimente toujours la polémique
Dernière mise à jour le 14/05/2012 à 13:37

Est-ce une bataille gauche-droite? Technocrates contre militants? Riches contre pauvres? Le chantier du futur TGV est en bonne marche, mais “l’affaire” continue de mobiliser deux camps opposés, révélant deux visions du Maroc de demain.

C’est peu dire que le futur TGV inauguré en septembre 2011 -une première dans le monde arabe- ne fait pas l’unanimité, tant les enjeux sont importants.

Fin 2015, le TGV devrait relier via Rabat, Casablanca et Tanger en un peu plus de deux heures, divisant par deux la durée nécessaire aujourd’hui pour ce trajet en train. Mais le coût du projet s’élève à 25 milliards de dirhams, une “somme astronomique” pour ses opposants dont le collectif baptisé “Stop TGV”, qui considèrent le projet comme “non-prioritaire”.

Un débat avorté

Chaque partie fourbit ses arguments, mais le dialogue est difficile. Un débat public était prévu il y a quelques semaines entre les responsables de l’Office National des Chemins de Fer (ONCF) et le collectif. Mais il a tourné court quand des opposants ont distribué au public des tracts portant les mots “Torpillage, Gaspillage, Vol” qui épèlent les lettres TGV.

« C’est un projet qui n’est pas prioritaire pour le Maroc. 25 milliards, c’est l’équivalent de 25.000 écoles dans le monde rural, 16.000 bibliothèques, 10.000 médiathèques et 25 centres universitaires hospitaliers. »

Omar Balafrej, un des principaux membres du collectif “Stop TGV”.

Les détracteurs du projet rappellent que le Maroc est classé 130e selon l’indice mondial de développement humain et que de très nombreuses régions ne sont pas encore desservies par le rail “classique”.

“Il faut comparer ce qui est comparable”, rétorque-t-on à l’ONCF, qui fait valoir que le seul budget annuel de l’enseignement est de 52 milliards de dirhams (4,7 milliards d’euros).

La ligne Casblanca-Tanger saturée

L’ONCF souligne aussi que la ligne entre Tanger et Casablanca est arrivée aujourd’hui à saturation. Elle mise sur une clientèle de six millions de passagers à l’horizon 2016 contre 3,5 millions actuellement. L’offre voyageurs, frêt et logistique, a déjà doublé en dix ans, selon elle. Et surtout, “l’exploitation du TGV ne sera pas subventionnée”.

“Nous avions le choix entre deux options: soit rectifier et doubler la ligne existante, soit faire une nouvelle ligne à grande vitesse”, explique Mohamed Rabie Khlie, directeur général des chemins de fer marocains.

“Le coût, la différence entre les deux options, c’est 30%; et les retombées socio-économiques d’une ligne grande vitesse sont bien meilleures que pour une ligne classique”, précise-t-il, en soulignant “les opportunités pour la croissance, et la création de richesse”, ainsi que les avantages en “gain de temps et pour la sécurité routière”.

C’est le français Alstom qui a obtenu, de gré à gré, le marché de construction des 14 rames du TGV. L’ensemble du projet est financé, sous forme de prêts, à hauteur de 60% par la France et des pays du Golfe.

Les détracteurs critiquent “l’absence de transparence” de cet accord avec Alstom, et la “préférence française” sans adjudication.

A l’horizon 2035, le Maroc -qui compte ainsi rejoindre le club des pays émergents adoptant le TGV-, comptera au total 1.500 km de lignes, qui s’ajouteront à un réseau autoroutier de 1.800 km en 2015 (contre 1.400 actuellement).

Le 20 février en appelle à François Hollande

Le Mouvement du 20 février a appelé hier, dans une lettre qu’il lui a adressée le jour de son investiture, le président français François Hollande, “à mettre un terme” à ce projet du TGV. 
“Il appartient à l’homme d’État que vous êtes de mettre un terme à cette entreprise aberrante et d’éviter ainsi à votre pays de se compromettre dans cette injustice”, dit la lettre qui dénonce un projet “qui ne profitera qu’à une infime minorité” et “ni juste ni égalitaire, pour le peuple marocain”.
Après avoir blâmé un projet qui ignore “les priorités de désenclavement des régions exclues du développement et soumises à la misère”, la lettre dénonce la procédure d’octroi du marché au français Alstom, obtenu de gré à gré.
Elle fustige également le fait que “aucun volet transfert de technologie n’a été prévu dans le contrat de vente”.

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