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La Grèce aux urnes le 17 juin, la zone euro à l’épreuve

La Grèce aux urnes le 17 juin, la zone euro à l’épreuve
Dernière mise à jour le 16/05/2012 à 18:41

La Grèce retournera aux urnes le 17 juin, un scrutin à haut risque dans un pays en pleine déroute économique, où la poussée dans les sondages de la gauche radicale refusant les mesures d’austérité met à l’épreuve la zone euro et le maintien d’Athènes dans ce club.

Après dix jours de tractations politiques infructueuses pour former un gouvernement de coalition, un exécutif « de service » dirigé par le président du conseil d’Etat, Panayotis Pikramenos, 67 ans, a finalement été nommé, chargé d’expédier les affaires courantes et de préparer ce deuxième scrutin législatif en moins de deux mois.

Le Premier ministre intérimaire a prêté serment mercredi soir et devait annoncer dans la foulée la composition de son gouvernement, avant la première réunion, prévue jeudi, du Parlement élu le 6 mai.

Ces élections, d’où aucune majorité n’avait émergé, ont tourné au vote-sanction contre la rigueur et les deux partis piliers du système politique, Nouvelle Démocratie et Pasok, se sont effondrés.

Le retour du pays aux urnes, pour lesquelles la gauche radicale anti-rigueur du mouvement Syriza part largement favorite, a ranimé les inquiétudes sur l’avenir de la zone euro. Elle a également accentué la menace récurrente de la sortie du pays de la monnaie unique si la Grèce devait au final renforcer encore les opposants à l’austérité et renier ses engagements d’ajustement budgétaire et de réformes structurelles.

Affichant leur soutien au pays, le nouveau président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont confirmé mardi soir vouloir son « maintien dans l’euro » et être prêts à examiner l’adoption de mesures de croissance si Athènes le demande.

Mais le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a vite tempéré le message: « le plan d’aide à la Grèce a été élaboré jusqu’au moindre détail, il ne peut pas être renégocié (…) Ceux qui vont gagner les élections doivent décider s’ils vont accepter les conditions ou pas », a-t-il affirmé sur la radio Deutschlandfunk.

Sur la même tonalité, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a indiqué mercredi à Bruxelles qu’ »il n’y avait pas moyen de changer les engagements pris par la Grèce ».

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a fait part de sa « forte préférence » pour que la Grèce « reste dans la zone euro ».

Par ailleurs, d’autres responsables européens ont laissé entendre que les exigences vis-à-vis d’Athènes pouvaient être assouplies à la marge, un diplomate de haut rang soulignant que des concessions pouvaient être faites sur le « rythme » du plan d’austérité imposé à la Grèce en échange de son aide financière.

Cette question devrait être au coeur d’un sommet européen informel prévu le 23 mai à Bruxelles.

Elle est d’autant plus cruciale que depuis le verdict antirigueur sans ambiguïté du 6 mai, tous les partis grecs, y compris les socialistes et conservateurs alliés au sein du gouvernement sortant et ralliés aux recettes UE-FMI, ont affirmé leur volonté qui de « renégocier », qui « d’amender », qui de se « dégager » de la feuille de route dictée au pays.

Quant au Syriza, il parle « d’annuler » les mesures de rigueur inclues dans le plan de redressement de l’économie du pays, imposé par UE et FMI en échange des prêts accordés au pays jusqu’en 2014, son dirigeant Alexis Tsipras s’en prenant directement, sur la BBC, à la chancelière allemande accusée de « jouer au poker avec la vie des gens ».

L’annonce d’un nouveau scrutin a fait chuter l’euro dès mardi, sous le seuil de 1,28 dollar pour la première fois depuis quatre mois, tandis que les bourses ont fini en baisse sur des marchés nerveux.

A la clôture, les bourses européennes étaient dans le rouge, à l’exception de Paris (+0,31%). Londres baissait de 0,6%, Francfort de 0,26%, Milan de 0,21% et Madrid, la plus touchée, de 1,33%.

Risquant de se retrouver en première ligne si le maillon grec sautait, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré qu’une sortie de la Grèce de l’euro « serait une énorme erreur, une mauvaise nouvelle ».

En interne, la riposte aux antirigueur tentait de s’organiser: le porte-parole du gouvernement sortant, Pantélis Kapsis, a ainsi jugé que « le pays n’a pas de marge de manoeuvre sur le non respect des engagements », sauf à s’exposer à voir « le revenu national encore plus réduit et des mesures encore plus dures » imposées.

La presse grecque s’inquiétait aussi mercredi d’un « écroulement » de l’économie en raison de l’incertitude liée à ce scrutin si la Grèce devait quitter la zone euro.

« Nouvelles élections, le pays dans le rouge », titrait Kahimérini, renvoyant la faute sur le Syriza, comme l’ont fait ses adversaires politiques, pour son refus de soutenir une coalition réunissant le Pasok socialiste, la droite de Nouvelle-Démocratie et le petit parti de la Gauche démocratique (Dimar), en mesure pourtant de réunir 168 députés sur 300.

Le Syriza a, lui, plaidé pour un respect du « verdict du peuple » contre des politiques qui ont fait doubler le chômage en deux ans (à plus de 21%) et englué le pays dans une récession qui entre dans sa cinquième année.

« Les trois partis avaient ensemble la majorité et pouvaient y aller, leur intention était de ne pas avoir d’opposition », a indiqué mardi M. Tsipras, refusant de servir « d’alibi de gauche » à cette coopération.

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