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Pas de lézard, les tortues sont bien cousines des crocodiles et des oiseaux

Pas de lézard, les tortues sont bien cousines des crocodiles et des oiseaux
Dernière mise à jour le 16/05/2012 à 15:39

Contrairement à ce que leur allure peut laisser croire, la famille des tortues n’est pas une proche cousine des lézards et des serpents. Selon une étude publiée mercredi, c’est avec les crocodiles et les oiseaux qu’elle partage un très lointain ancêtre commun.

Les tortues ont beau progresser lentement, le chemin qu’elles ont parcouru depuis 200 millions d’années reste l’un des derniers mystères de l’évolution des vertébrés.

Historiquement, sur la base de certaines caractéristiques physiques (morphologie du crâne, carapace, etc.) les tortues étaient considérées comme ayant très tôt divergé des autres reptiles, dont elles auraient constitué les représentants les plus anciens.

Puis d’autres études anatomiques les avaient rattachées aux lépidosaures (signifiant « lézards à écailles » en grec ancien), un vaste groupe d’espèces englobant tous les lézards et serpents (« squamates ») ainsi que les tuatara, proches parents dont il ne subsiste actuellement que deux espèces en Nouvelle-Zélande.

Les progrès récents de l’étude moléculaire des espèces, fondée sur la génétique, ont encore un peu plus bouleversé l’arbre généalogique (« phylogénétique » disent les spécialistes de l’évolution) des tortues. L’analyse de leur ADN les avait fait passer de la branche des lépidosaures à celle de leurs cousins « archosaures »: les grands-pères des dinosaures ayant vécu voici 250 millions d’années et dont sont issus tous les crocodiles et les oiseaux actuels.

Sauf qu’une récente étude génétique fondée sur d’autres marqueurs les avait ramenées sur la branche des lépidosaures.

Soucieuse de dissiper ces contradictions, et d’éviter aux pauvres tortues un inconfortable grand écart généalogique, une équipe de biologistes américains a utilisé une nouvelle méthode: trouver des éléments génétiques similaires présents dans toutes les espèces concernées (« éléments ultra-conservés » ou UCE), étudier l’ADN qui leur est associé et comparer le tout pour tenter de reconstruire l’histoire de leur évolution.

Nicholas Crawford, de l’Université de Boston, et ses collègues ont donc passé dans cette savante moulinette le serpent des blés (Pantherophis guttata), la tortue à cou caché d’Afrique (Pelomedusa subrufa), la tortue peinte (Chrysemys picta), l’alligator d’Amérique (Alligator mississippiensis), le crocodile marin (Crocodylus porosus) et le tuatara (Sphenodon tuatara).

Afin de préciser leur analyse, ils ont ajouté dans cet étrange cocktail génétique des extraits d’UCE de coq sauvage (Gallus gallus), originaire du sud-est asiatique et à l’origine de toutes les poules domestiques, un peu de Diamant mandarin (Taeniopygia guttata), un oiseau très répandu en Australie, un zeste d’Anole vert (Anolis carolinensis), une espèce de lézard des Etats-Unis, le tout saupoudré de génome humain (Homo sapiens).

Les chercheurs ont abouti à 1.145 UCE. Et l’analyse comparée de ces témoins génétiques de l’histoire des espèces fournit selon eux la « preuve écrasante » que les tortues sont bien issues des « archosaures ».

« Etant donné que les UCE sont conservés à travers la plupart des groupes de vertébrés, et qu’on les trouve également chez certaines moisissures et insectes, notre approche est généralisable au-delà du seul cas de cette étude et elle est pertinente pour résoudre de vieilles énigmes sur l’évolution de la vie », assurent les auteurs de l’étude, publiée dans la revue Biology Letters de l’Académie des sciences britannique.

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