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Najat Belkacem, du bourg déshéritée de Béni Chiker aux ors de la République française

Najat Belkacem, du bourg déshéritée de Béni Chiker aux ors de la République française
Dernière mise à jour le 17/05/2012 à 9:06

Trente ans après avoir quitté son petit village déshérité de Béni Chiker (Nador) à l’âge de 4 ans pour rejoindre son père, ouvrier immigré en France, dix ans de militantisme au Parti socialiste et de mandats locaux, la franco-marocaine Najat Vallaud Belkacem est propulsée au devant de la scène politique française, après son entrée dans le gouvernement du nouveau président socialiste François Hollande.

La nouvelle ministre des droits de la femme, porte-parole du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, se retrouve, à 34 ans et vierge de toute expérience gouvernementale, première membre d’un gouvernement français, né au Maroc de parents tous deux marocains et qui a attendu sa majorité de 18 ans pour prendre la nationalité française.

Rachida Dati, l’ancienne ministre de la justice du président Sarkozy, à laquelle elle refuse qu’on la compare, était elle, de parents maroco-algériens et née en France.

Après l’enfant terrible de la littérature marocaine, le regretté Mohammed Choukri, Mme Belkacem fera son entrée, à son tour, au Panthéon des enfants illustres de Béni Chiker, mais dans l’aile des politiques et sous les ors des palais de la République française.

Celle qui a toujours refusé d’être enfermée dans le carcan de fils d’immigré ou d’arabe de service que les partis politiques français réservent aux enfants de l’immigration, ou de se cantonner dans des engagements dictées par ses origines, n’aura pas totalement résisté à l’appel des racines.

Ainsi quand elle sera sollicitée par son pays d’origine, elle répond spontanément et à titre de bénévole pour mettre son expertise et ses réseaux en faveur du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME) où elle siégea depuis la création de cet organisme en 2007 jusqu’au mois de décembre 2011, date à laquelle elle se voue complètement au service du candidat Hollande à la présidentielle française.

Avec ses charges au CCME, où elle s’investit dans le groupe de travail « Approche genre et nouvelles générations », elle retourne de plus en plus au Maroc « toujours avec énormément de plaisir et d’émotion », et développe son combat contre les discriminations dont pâtit la communauté des Marocains de l’étranger, tout en luttant pour l’amélioration des droits de la femme.

Au plus fort de la dérive dure et xénophobe de la campagne électorale, la droite en perte de vitesse et toute occupée à courir après les voix de l’extrême droite, la chargea violemment lui reprochant de défendre l’identité marocaine dans une France où le slogan électoraliste est à l’apologie de l’identité nationale, sous-entendu des français de souche et de racine chrétienne.

Gênes rifains

Forte de ses gênes de Rifaine, ou plus précisément de Gualiâia, censés garantir un caractère trempé, coriace et combattant, elle se défend et croise le fer même avec des ténors de la droite de la trempe d’un Alain Juppé, ministre sortant des affaires étrangères.

La désormais ministre française des droits de la femme n’est jamais tombée dans la facilité du discours facile de l’immigré ou enfant d’immigré systématiquement victime. Donnée comme exemple de l’intégration à la française qui a permis à une fille de maçon immigré de réussir de brillantes études à la prestigieuse Sciences Po de Paris, elle avoue, tout de même, être « passée entre les gouttes de la discrimination ».

A Amiens, loin de Paris, au sein d’une fratrie de sept enfants, elle fait une scolarité brillante avant de monter à l’assaut des grandes écoles à Paris.

Suivant les conseils de sa mère et l’exemple de la figure tutélaire de sa s?ur aînée devenue avocate, elle parie sur les études supérieures pour devenir « autre chose qu’une ouvrière ou une mère de famille ».

Elle fera donc L’Institut des Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) et tentera en vain, à deux reprises, l’ENA, l’école-fabrique des élites Françaises dont la promotion Voltaire, celle de François Hollande a trusté les plus hauts postes de la haute administration et de l’état français.

A Sciences Po, elle rencontre son mari Boris Vallaud avec lequel elle aura des jumeaux de 3 ans, et fait la connaissance de Caroline Collomb, l’épouse du maire socialiste de Lyon.

L’entregent lui permet d’obtenir en 2003 un poste dans le cabinet de ce maire-sénateur et grande figure du PS auprès duquel où elle attrape le virus de la politique, elle dont la famille ne parlait pas politique, sauf , dit-elle, quand la tête du leader de l’extrême droite, Jean Marie Le Pen apparaissait à l’écran.

En 10 ans, son ascension sera fulgurante au sein du Parti socialiste où elle décroche le poste convoité de secrétaire national, non pas aux questions de diversité mais de l’égalité hommes-femmes et de la bioéthique. Mais en même temps elle n’oublie pas son ancrage local, consciente que c’est la règle pour se faire un destin national.

Elle s’attache à se faire une stature de légitimité par le vote, devenant tour à tour, conseillère régionale puis adjointe au maire de Lyon où elle s’impose, non dans un secteur chargé de l’immigration, mais au poste de responsable des grands événements, de la jeunesse et de la vie associative. Seule contrariété, elle n’arrive pas se faire élire député, à deux reprises.

Là, ses racines l’auraient desservie. « Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est au moment où j’ai commencé à faire de la politique que mes origines et ma différence ont refait surface », a-t-elle confié.

Pour autant, elle ne lâche pas prise. En dépit de sa « timidité sociale », elle en veut, va au contact et se bat. La légende veut qu’elle a rencontré par hasard Ségolène Royal dans un vol Porto-Paris et lui a proposé tout de go et au culot de se mettre à son service.

La candidate malheureuse à l’élection présidentielle en 2007 l’engage et la voilà porte-parole, révélée au grand jour dans les médias audio-visuels français, ferraillant avec brio pour sa championne.

« Elle n’est pas inerte, elle palpite, semble heureuse de la chaleur des gens.

Elle n’est pas stressée ou hystérique, c’est plutôt rare en politique », dira d’elle l’ex compagne du président Hollande.

Elle restera fidèle à Ségolène Royal jusqu’au choix par la primaire socialiste du candidat Hollande. Sans hésiter elle le rallie et se hisse tout de suite au rang de porte-parole du futur président durant la campagne.

l’a-t-il choisie pour séduire les électeurs d’origine maghrébine?. Absolument pas, répond le désormais chef d’état. « Je l’ai choisie pour son expérience de 2007 et parce que, avec toutes ses attributions d’élue, elle a encore pris de la densité, élargi sa connaissance du terrain et des dossiers. Elle a une pensée claire et sait l’exprimer. Elle aime réussir, sans arrogance, sans écraser personne ».

L’immigration, un atout

Mais François Hollande a ajouté : »qu’elle soit une femme, jeune et issue de l’immigration, ce sont des atouts à mes yeux, mais cela n’aurait pas suffi à la rendre légitime ». La fille de Béni Chiker assure quant à elle, qu’elle a fait le choix de Hollande par conviction: « ses priorités sont les miennes : la jeunesse, l’éducation, la détermination à relever la France ».

Forte de cette confiance, le maître mot que ne cesse de marteler le nouveau président, elle se retrouve au-delà de la scène politique. La voilà désormais ministre des droits de la femme et porte-parole du gouvernement, aux côtés de poids lourds du parti socialiste.

Sous cette dernière casquette, elle est propulsée sous les projecteurs, soumise à la féroce vigilance des médias et la virulente critique de l’opposition. Son « atout charme » du nouveau gouvernement est un plus pour elle, comme le sont son profil de professionnelle de la politique rôdée à la communication médiatique et son joli minois télégénique.

Sans oublier ses gênes du Rif qui ne seront pas de trop pour monter à l’assaut, à l’heure de faire face et de croiser le feu avec les détracteurs et critiques de son gouvernement.

A son corps défendant, celle qui portera la voix de l’exécutif français se trouve également sacrée comme l’une des icônes de cette fameuse diversité que le nouveau président a promis de rassurer et de valoriser après avoir été mise à l’index durant une campagne électorale particulièrement violente et stigmatisante des immigrés et des musulmans de France par la droite et l’extrême droite.

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