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Au Mali, l’intégration des putschistes dans la solution de sortie de crise inquiète

Au Mali, l’intégration des putschistes dans la solution de sortie de crise inquiète
Dernière mise à jour le 21/05/2012 à 21:49

En accordant à l’ex-chef de la junte au Mali le statut d’ancien président pour dénouer une grave crise, la médiation ouest-africaine a suscité de l’inquiétude en Afrique, où l’on redoute un mauvais exemple sur un continent encore secoué par les coups d’Etat.

« Demain, un caporal peut se lever et faire +son+ putsch », s’alarme Nouhou Arzika, figure de la société civile au Niger. « Naturellement, ça va être une vraie plaie pour la démocratie en Afrique », assure-t-il à l’AFP.

Dans l’immédiat, le Mali reste sous haute tension: le président intérimaire Dioncounda Traoré a été frappé et blessé lundi à son bureau, près de Bamako, par des manifestants en colère contre sa désignation comme chef de la transition pour un an. Il a pu sortir de l’hôpital et ne présentait pas de « lésion grave ».

Mais d’ores et déjà, une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU a jugé à Abidjan que la solution de sortie de crise était proche de l’échec, qu’en tout cas elle se trouvait « considérablement en danger » après cette attaque et qu’il fallait songer à « d’autres voies ».

Après des semaines de blocage, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) était parvenue ce week-end à un accord avec l’ex-junte du capitaine Amadou Haya Sanogo, qui avait renversé le 22 mars le président malien Amadou Toumani Touré. Malgré un premier accord conclu début avril, les ex-putschistes restaient au centre du jeu et bloquaient la transition.

Pour encourager le capitaine Sanogo à quitter la scène, la médiation ouest-africaine a octroyé à celui qui était un illustre inconnu il y a deux mois le statut d’ex-chef de l’Etat, avec tous les avantages dus à ce rang.

Cependant, à travers le continent, des experts craignent qu’un mauvais exemple n’ait été ainsi donné, alors même que l’Union africaine et la Cédéao ne cessent de proclamer leur refus des « prises de pouvoir par des voies anticonstitutionnelles », notamment en Guinée-Bissau où l’Afrique de l’Ouest a aussi dû manier la carotte et le bâton avec les putschistes du 12 avril.

Pour Jean-Christophe Kindia, politologue en Centrafrique, l’accord au Mali constitue « un précédent très grave qui est lourd de conséquences ». « Car ce n’est ni plus ni moins qu’une légitimation de l’emploi de la force, de l’utilisation des armes, comme mode d’accession au pouvoir ».

– Manque de « crédibilité » –

« Pour maintenir sa crédibilité, la Cédéao doit rester toujours ferme », selon Augustin Loada, constitutionnaliste et secrétaire exécutif du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), un groupe de réflexion du Burkina Faso.

Encore faut-il avoir les moyens de la fermeté. « On constate les limites du +soft power+ à l’africaine. Tant que l’Afrique de l’Ouest ne sera pas crédible sur le plan militaire, ses menaces ne feront peur à personne », souligne un diplomate occidental en poste à Abidjan.

Face à la junte, « au début, la Cédéao a été un peu vite, parlant d’une future intervention militaire. Elle aurait dû être consciente qu’elle n’était pas capable d’intervenir », confirme Alain Antil, responsable du programme Afrique subsaharienne à l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Paris.

Accorder au capitaine Sanogo le statut d’ancien chef de l’Etat, en plus de l’amnistie pour lui et ses hommes, « cela a été vu comme un prix à payer acceptable », juge le politologue ougandais Frederick Golooba-Mutebi. « On n’en est plus à l’époque où l’UA se contentait de dire que les coups d’Etat sont une affaire intérieure » à chaque pays concerné, se réjouit-il.

Pour Alain Bédouma Yoda, ancien chef de la diplomatie burkinabè, le compromis à Bamako a été surtout dicté par l’urgence de la crise dans le nord du Mali, contrôlé depuis bientôt deux mois par des rebelles touareg et surtout des groupes islamistes armés, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

« La situation au Mali est telle que si on ne trouvait pas vite une solution à Bamako pour consolider les institutions et l’armée afin de faire front au nord, le Mali pouvait basculer avec toute la sous-région », souligne-t-il.

Les putschistes, selon lui, « on ne peut pas les écarter complètement sans compromis, à partir du moment où ils sont devenus de fait les maîtres ». « Entre deux maux, il faut choisir le moindre mal ».

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