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La ministre de la Culture de Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanane sur “Daba Maroc” : “Il y a une culture contemporaine extraordinaire des jeunes et des moins jeunes”

La ministre de la Culture de Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanane sur “Daba Maroc” : “Il y a une culture contemporaine extraordinaire des jeunes et des moins jeunes”
Dernière mise à jour le 21/05/2012 à 14:53

Femme belge musulmane, issue d’une famille d’immigrés, vous êtes actuellement ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours?

Née en Belgique, de parents marocains qui ont émigré dans les années 60, je suis le produit de cette émigration. J’ai grandi comme tous les enfants belges avec une scolarité dans les écoles publiques, j’ai fait l’université, j’ai un diplôme de droit puis un deuxième diplôme spécialisé en droit public administratif. Le fait que j’aie des parents qui m’ont toujours inculquée qu’il fallait se mettre au service des autres, m’a évidemment poussée à m’investir dans l’associatif avant de basculer vers la politique. Voilà, en quelques mots mon parcours. Femme d’origine étrangère, cela n’a jamais été simple dans le domaine politique. Je pense que ce sont des combats qu’il faut mener et continuer à mener. Aujourd’hui, je suis la ministre belge de la Culture. Le plus important c’est le travail effectué et les dossiers traités.

Y a-t-il un cachet particulier de Fadila Laanan dans le domaine de la culture? Le fait que vous soyez d’origine maghrébine ne dénature-t-il pas le jugement de vos administrés sur votre action politique?

Je pense que mon cachet, c’est l’accessibilité de la culture pour tous. Enfant d’une famille modeste, à l’époque pour moi la culture c’était un luxe, et il n’était pas toujours possible de s’offrir des places de théâtre ou d’aller au spectacle. (…) La culture ne peut pas rester élitiste. En Belgique, nous faisons très attention aux politiques tarifaires menées par les associations et les opérateurs culturels. Le prix peut être un frein à la culture. Pour moi, c’est essentiel et cela permet à l’ensemble des citoyens de pouvoir bénéficier et de participer à des créations et des projets culturels parce que c’est financé par de l’argent public, c’est un juste retour des choses. Voilà, un peu ma touche.

Qu’avez-vous apporté aux jeunes immigrés en Belgique?

Je ne sais pas si je leur ai apporté quelque chose, mais j’espère au moins être un exemple positif et un exemple qui leur donne un souffle d’espoir parce que la Belgique est un pays remarquable, capable de désigner une ministre d’origine marocaine à la Culture. (…) Ce pays est vraiment le fruit de la mixité et de la diversité culturelle. Les immigrations se sont très vite intégrées dans la société belge en s’investissant dans les milieux associatifs, dans les syndicats et aujourd’hui dans la politique.

Êtes-vous pour quelque chose dans le choix de “Daba Maroc”?

Je vais vous faire une confidence, le projet saison culturelle Maroc existe dans ma tête depuis 2005-2006. Déjà à l’époque, je rêvais de ce projet, après Massarat (en Palestine, ndlr), qui a aussi été rêvé en 2005 et réalisé en 2008. Pour moi, il est important que “Daba Maroc” puisse se faire. Entre la Belgique et le Maroc, il y a des liens affectifs forts avec les Belges d’origine marocaine qui vivent en Belgique. C’est aussi l’occasion pour l’ensemble des citoyens belges de découvrir la culture contemporaine marocaine bien avant le printemps arabe, car ce n’est pas un événement motivé par ce qui est né dans le Maghreb. C’est un projet que nous voulons parce que nous savons que le Maroc a beaucoup évolué en matière culturelle. Il y a une culture émergente, une culture contemporaine extraordinaire des jeunes et des moins jeunes qui s’investissent dans des projets qui sont le lien entre tradition et modernité.

Quel jugement portez-vous sur le développement de la culture au Maroc?

Le Maroc est un pays qui bouge avec des artistes qui ont quelque chose à dire, ce qui est fabuleux. Je pense à des jeunes comme L’Boulevard, à cet opérateur important Dabathéatre, à la caravane du livre. Ils nous montrent le Maroc d’aujourd’hui en pleine évolution, en plein souffle d’espoir et de liberté.

Si demain vous étiez ministre de la Culture au Maroc, quelle serait votre première action?

Lorsque j’ai été nommée ministre de la Culture en Belgique, j’ai réalisé les états généraux de la culture. J’ai invité tous les acteurs culturels de tous les secteurs en plusieurs séances par disciplines et je leur ai demandé: si vous étiez à ma place, que feriez-vous? Le résultat de ce travail a été inscrit dans un cahier des charges appelé les priorités culturelles, cahier des charges rempli à 100% parce qu’il répond aux attentes des acteurs culturels. Voilà ce que je ferais au Maroc.

Quid de la convention signée aujourd’hui (lundi 21 mai, ndlr)?

La Convention “Daba Maroc” signée aujourd’hui, c’est le cadre conventionnel entre le Maroc et la Belgique pour déterminer le rôle de chacun dans “Daba Maroc” financée en grande partie par la Belgique avec une contribution du Maroc en tant que pays hôte.

Quelles sont les valeurs qui vous tiennent le plus à cœur et que vous défendez ?

Les deux valeurs que j’essaie de transmettre à mes enfants, c’est la liberté et la tolérance, deux valeurs fondamentales. Mais sans la solidarité et sans se mettre au service de l’autre, ce n’est évidemment pas suffisant. La liberté et la tolérance, c’est toujours d’accepter l’autre dans sa complexité et d’accepter d’avoir de l’empathie pour lui.

Festival “Daba Maroc” ?

Ce festival regroupant littérature, danse, musique, cinéma et débats, vise à créer un espace de dialogue, favoriser les échanges et les productions communes entre artistes marocains et belges et mettre en résonance, en Belgique, la production des artistes marocains et la confronter à celles des Marocains issus de l’immigration.
La manifestation dont l’objectif majeur est de mettre en valeur la diversité culturelle du Maroc, réunira 150 artistes. Elle est portée par 60 propositions artistiques, notamment trois projets majeurs bâtis autour de résidences et d’échanges.
Le festival aura lieu du 9 octobre 2012 au 31 janvier 2013 dans plusieurs villes belges.

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