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Les étrangers au guichet des banques indonésiennes

Les étrangers au guichet des banques indonésiennes
Dernière mise à jour le 22/05/2012 à 11:54

Une économie en forte croissance, 60 millions de particuliers sans compte bancaire et la quatrième population au monde: les banques indonésiennes commencent à susciter l’intérêt des investisseurs étrangers, échaudés par les déboires des établissements occidentaux.

D’ici à 2050, les actifs bancaires détenus en Indonésie auront été multipliés par 27 par rapport à 2009, de 187 milliards de dollars (146 milliards d’euros) à 5.100 milliards de dollars, a prédit dans un récent rapport le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC).

A titre de comparaison, les actifs ne feront que doubler en France sur la même période. Ils ne progresseront que de 87% en Italie tandis qu’aux Etats-Unis, ils seront multipliés par trois à 46.500 milliards de dollars, selon PwC.

Quatrième pays le plus peuplé au monde, avec 240 millions d’habitants, l’Indonésie est la première économie d’Asie du Sud-Est. Sa croissance moyenne est supérieure à 6% par an, ce qui fait gonfler sa classe moyenne et donc la consommation. Or la moitié environ des plus de 15 ans n’ont pas encore ouvert de compte bancaire, soit un marché potentiel de 60 millions de clients.

Ce formidable tableau, qui ferait pâlir d’envie plus d’une banque européenne ou américaine, n’a pas échappé aux investisseurs.

Début avril, la singapourienne DBS, première banque d’Asie du Sud-Est en termes d’actifs, a ainsi dévoilé un projet de rachat de la totalité de l’indonésienne Danamon, pour 9,1 milliards de dollars de Singapour (7,3 milliards USD), un montant record pour l’Indonésie.

« L’Indonésie est un marché asiatique intéressant », avait alors expliqué le directeur général de DBS, Piyush Gupta, tandis que son président, Peter Seah, avait loué la « solidité de l’économie indonésienne » comme l’a prouvé, selon lui, le récent passage de sa notation internationale par les agences Moody’s et Fitch dans la catégorie « investissement », très convoitée.

D’autres établissements étrangers jettent leur dévolu sur l’Indonésie. En 2011, la Commonwealth Bank Australia avait annoncé le quasi-doublement du nombre de ses succursales dans l’immense archipel, pour les faire passer de 80 à 150 dans les quelques années à venir.

La banque britannique HSBC a racheté 89% de l’indonésienne Bank Ekonomi Raharja en 2009, ce qui l’a hissée à l’époque au troisième rang des établissements étrangers en Indonésie.

Selon la presse, plusieurs autres établissements susciteraient un intérêt à l’extérieur, comme les Bank Ina Perdana, Bank Mestika Dharma ou autres Bank Maspion.

« Les banques indonésiennes ont de quoi séduire car elles ont une croissance beaucoup plus rapide que leurs homologues étrangères », a souligné Harry Su, responsable de recherches à la maison de courtage indonésienne Bahana. « Le retour sur investissement de DBS est actuellement d’environ 10%, tandis que celui de Danamon est de 15% approximativement », a-t-il souligné.

« Le secteur bancaire indonésien est actuellement le plus dynamique en Asie du Sud-Est, en particulier en termes de rentabilité », renchérit Iwan Wisaksana, analyste chez Fitch Ratings Indonesia.

« Regardez le taux de pénétration en Asie: celui de l’Indonésie est l’un des plus bas. Même en Inde, où le taux de pénétration est faible, il est quand même supérieur à 50% », a noté Geeta Chugh, expert chez Standard & Poor’s.

Mais les étrangers réfrènent leurs ardeurs, attendant de voir comment évoluera le projet de DBS. Le rachat voulu par la banque singapourienne est en effet devenu emblématique des difficultés d’investir en Indonésie, après le refus de la banque centrale d’approuver la prise de contrôle, avant qu’une décision éminemment politique soit prise sur le plafonnement de participations étrangères dans les banques indonésiennes.

A la suite de l’annonce des intentions de DBS, des députés ont émis le souhait de limiter la proportion que des étrangers peuvent détenir dans les établissements indonésiens, actuellement quasiment illimitée.

L’Indonésie est actuellement en proie à une vague de nationalisme économique, qui a déjà poussé à une sévère restriction du contrôle étranger dans les compagnies minières. Des mesures similaires pourraient être étendues aux banques, craignent les financiers.

Selon une étude de PwC réalisée auprès de cent cadres du secteur bancaire, la réglementation indonésienne, parfois kafkaïenne, est le principal frein à la croissance.

« Les opportunités sont fantastiques mais cela ne se fait pas sans coûts », avertit Ashley Wood, analyste chez PwC.

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