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Le lac Turkana au Kenya est menacé par un immense barrage éthiopien

Le lac Turkana au Kenya est menacé par un immense barrage éthiopien
Dernière mise à jour le 08/06/2012 à 20:25

Pêcheurs, éleveurs et autres habitants du pourtour du Lac Turkana, au Kenya, suivent avec angoisse la construction, à quelques centaines de km plus au nord en Ethiopie voisine, d’un méga-barrage qui portera un coup fatal, disent-ils, à leur lac classé au patrimoine de l’Humanité.

Plus grand lac désertique au monde, avec 250 km de long et 60 km à sa largeur maximale, le Turkana et ses reflets de jade est un joyau fragile, dans un environnement aride déjà éprouvé par le réchauffement climatique.

« C’est un lac d une beauté étonnante, et d’ici soixante ans, vous ne verrez plus de gens autour, plus de poisson, ce sera un lac mort », assure le député local Joseph Lekuton.

En amont du fleuve Omo, qui apporte au lac Turkana 80% de son eau, l’Ethiopie construit depuis 2006 un barrage destiné à être le plus haut d’Afrique, d’une capacité de 1.870 MW.

Des 1986, le gouvernement kényan, qui peine à approvisionner le pays en énergie, a signé avec son homologue éthiopien un accord lui permettant d’importer jusqu’à 500 MW d’électricité produite par Gibe III, ce que les habitants du lac Turkana considèrent comme une trahison.

Le comité du patrimoine mondial de l’Unesco, l’agence des Nations Unies pour la culture et l’éducation, a appelé en juin dernier l’Ethiopie « à arrêter immédiatement tous travaux de construction » de Gibe III.

Ce projet « risque de modifier substantiellement le régime hydrologique du lac Turkana et de menacer ses espèces aquatiques ainsi que les systèmes biologiques associés, lesquels sont à l?origine de l?inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial », selon ce comité.

Mais avec l’aide financière de la Chine, l’Ethiopie poursuit la construction de ce projet, dont un peu plus de la moitié est achevé.

Fondatrice en 2008 du groupe de pression des Amis du lac Turkana, la militante écologiste kényane Ikal Angelei estime que les eaux du lac baisseront de 2 à 5 mètres pendant le remplissage du réservoir du barrage, et que les choses ne s’arrangeront pas ensuite.

« On est en train de reproduire ce qui s’est fait avec la mer d’Aral (largement asséchée par le détournement de deux fleuves à fins d’irrigation en Asie centrale) en tentant de construire ce barrage, et maintenant en introduisant des plantations de canne à sucre et de coton en amont de l’Omo », estime Mme Angelei.

Les eaux du lac ont déjà reculé de dizaines de mètres en quelques années, avec l’évaporation suscitée par l’augmentation de la température, dans cette région où le thermomètre affiche autour de 40 degrés la plus grande partie de l’année.

Les combats entre communautés pour le contrôle des points d’eau et des pâturages se sont multipliés avec la raréfaction de l’eau, et la région a été frappée par la sécheresse et la famine encore plus que le reste de l’Afrique de l’Est il y a un an.

Point de rupture

« Au Turkana, nous nous sommes bâti des capacités de résistance pour s’adapter aux changements au fil des années, mais nous avons maintenant atteint un point de rupture. Cela fait vraiment peur d’imaginer ce qui se passerait en cas de changement brutal » comme la construction du barrage, prévient Mme Angelei.

« Peut-être faudra-t-il augmenter encore l’aide alimentaire d’urgence, ou mettre les gens dans des camps pour déplacés », ajoute celle dont le combat lui a valu cette année le prestigieux prix Goldman, qualifié de prix Nobel de l’environnement.

Le lac Turkana constitue « un écosystème très fragile », et « on peut s’inquiéter de ce que l’étude environnementale (sur les conséquences du barrage) n’ait pas été rendue aussi publique que certains sans doute le voudraient », relève Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement, installé à Nairobi.

« Si la conséquence du barrage est que l’écosystème (du lac Turkana) ne peut plus fonctionner comme il l’a fait depuis des centaines ou des milliers d’années, ce serait une rupture importante », poursuit M. Steiner, selon lequel « ces choses doivent être étudiées et discutées au préalable, et pas après les faits ».

Directeur de l’association « Sauvons le lac Turkana », Gideon Lepalo estime que « tôt ou tard les Chinois apporteront l’argent nécessaire pour achever le barrage », et il suggère « une initiative similaire à celle du bassin du Nil », par laquelle les pays riverains du fleuve tentent de s’accorder sur son exploitation.

« J’ai beaucoup de bons souvenirs d’enfance liés au lac », ajoute ce natif de Komote, sur les bords du Turkana « et cela me fait de la peine de penser que je ne pourrai peut-être pas partager ces souvenirs avec mes enfants ».

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