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L’avortement clandestin, une plaie dans le corps social du Maroc

L’avortement clandestin, une plaie dans le corps social du Maroc
Dernière mise à jour le 09/06/2012 à 6:18

Malgré les avancées du planning familial au Maroc, un nombre considérable de femmes, souvent mineures, de petites conditions et peu éduquées, continuent de se faire avorter dans la clandestinité alors que cette pratique est illégale dans le pays.

L’avortement clandestin est lié à d’autres problèmes qui touchent les femmes: viols, mariages forcés, travail domestique des mineures (30.000, selon les dernières statistiques officielles) etc, estiment les spécialistes.

Le Maroc ne fait sans doute pas exception dans le tableau de la condition de la femme en Afrique. Mais des voix se font de plus en plus entendre pour réclamer l’éradication de ce fléau social dans un pays où une majorité de la population vit dans la pauvreté et où l’éducation fait défaut dans les régions rurales et dans les cités.

Dans l’attente d’une loi pour autoriser, en l’encadrant, l’avortement, un congrès national doit se tenir mardi à Rabat, sous l’égide de l’Association marocaine de la lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), présidée par le professeur Chafik Chraibi, en présence du ministre de la Santé El Hossein el Ouardi et de parlementaires.

« Ce qui se passe au Maroc est dramatique », affirme le dr Chraibi, gynécologue de renom, dans une interview à l’AFP, soulignant les effets pervers au niveau humain et social de la législation.

Car, explique-t-il, « qui dit avortement clandestin surtout chez les jeunes dit suicides, rejet du giron familial, marginalisation, prostitution, enfants abandonnés et… prison pour les médecins ».

Les chiffres sont éloquents: « On estime à 600 le nombre d’avortements quotidiens pratiqués par des médecins, et quelque 200 les avortements non médicaux », précise-t-il.

« En Tunisie, où l’avortement est libre, c’est 20 fois moins », selon lui.

Pour avoir pratiqué l’avortement clandestin, une douzaine de médecins sont actuellement en prison, indique le Dr Chraibi.

« 17.000 enfants abandonnés par an »

Autre conséquence: l’abandon d’enfants, souvent handicapés physiques.

« Il y a au Maroc au moins 17.000 enfants abandonnés par an », dit-il.

L’association qu’il dirige lutte depuis sa création en 2008 pour une modification de la loi « qui n’a pas changé depuis les années 60″.

Or il y a urgence. « Si nous légalisons, dit-il, nous n’aurons que des retombées positives. Notre message: il faut travailler sur la prévention alors que selon l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé), 13% de la mortalité maternelle est imputée à l’avortement ».

L’AMLAC souhaite un changement via l’adoption d’une proposition de loi votée directement par les députés, ou un projet de loi soumis au gouvernement puis au vote du parlement.

Le Dr Chraibi se dit aujourd’hui plus optimiste que dans le passé. « Les partis politiques avaient alors peur de se mouiller (…) mais le problème s’est banalisé et le ministre de la Santé nous est acquis ».

Le ministre n’appartient pas à la majorité islamiste et conservatrice du gouvernement dont le parti majoritaire, le Parti justice et développement (PJD), soutenait une modification de la loi quand il était dans l’opposition, mais dont on ignore aujourd’hui la position exacte.

Dans la ligne de mire d’ONG féministes, la ministre islamiste de la solidarité, de la femme et de la famille, Mme Bassima Hakkaoui qui a récemment accusé ses détracteurs « d’utiliser le dossier du viol des enfants à des fins politiques et de façon négative, ce qui a profondément nuit à l’image du Maroc à l’étranger ».

« Ce genre de discours relève d’une mentalité figée. Des questions comme le viol, l’avortement, le travail des mineures sont de la responsabilité de l’Etat », plaide Mme Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes.

« On va dans tous les sens. Il est difficile d’avancer avec un gouvernement conservateur. En même temps, il y a une prise de conscience et une dynamique de la société civile », dit-elle à l’AFP.

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