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Gabon : cinq tonnes d’ivoire brûlées pour protéger les éléphants

Gabon: cinq tonnes d’ivoire brûlées pour protéger les éléphants
Dernière mise à jour le 28/06/2012 à 10:38

Les autorités gabonaises ont brûlé mercredi cinq tonnes d’ivoire, une première en Afrique centrale, comptant ainsi envoyer un « message fort » aux braconniers et trafiquants dans la sous-région, et à la communauté internationale.

Elles ont également promis de muscler la répression du braconnage.

Signe de l’importance donnée à cette opération, c’est le président gabonais Ali Bongo Ondimba qui a mis le feu au bûcher contenant, selon le World Wildlife Fund (WWF), « 4.825 kilogrammes d’ivoire, dont 1.293 pièces brutes majoritairement composées de défenses et 17.730 sculptures en ivoire », en présence du Premier ministre Raymond Ndong Sima et de nombreuses autres personnalités.

« Pour obtenir ces quantités, près de 850 éléphants ont été tués », a précisé le WWF, partenaire de l’opération. La « valeur » du bûcher a été estimée à 5 milliards de F CFA (7,5 millions d’euros), à raison de 2.000 à 2.500 dollars le kilogramme sur le marché noir asiatique, par l’Agence nationale des Parcs nationaux (ANPN).

Le Gabon compte environ 50.000 éléphants, selon les estimations d’ONG de défense de l’environnement.

« L’incinération est importante, c’est un symbole. Cela envoie le message que le Gabon a zéro tolérance pour le braconnage et qu’il n’est pas intéressé par le commerce de l’ivoire mais par l’arrêt du massacre des éléphants », a estimé Carlos Drews, directeur du programme Global Species du WWF.

« Le crime contre la faune sauvage est un crime sérieux. L’ivoire vendu finance les groupes rebelles, les guerres civiles en Afrique centrale… Cela déstabilise la société. Des vies humaines sont en jeu. Des gardes forestiers sont tués », a ajouté M. Drews.

« L’ivoire provient d’éléphants de forêt (plus petits que ceux de savane) qu’on ne trouve que dans le Bassin du Congo », a-t-il précisé. « Ils sont une espèce très menacée d’extinction et ont disparu de certaines zones en raison du braconnage ».

Selon le directeur de l’ANPN, Lee White, « l’Afrique forestière a perdu 80% de ses éléphants ces derniers 20 ans » et le Gabon, « avec 13% du Bassin du Congo, a plus de 50% des éléphants de forêt ».

Détruire l’ivoire comme la cocaïne en l’Amérique latine

Les fortes sommes en jeu permettent de financer le trafic mais aussi d’acheter des consciences, a souligné M. Drews. « Le braconnage existe en Afrique centrale parce qu’ici, c’est un business à faible risque et haute rentabilité. Il y a des faiblesses dans la répression », a-t-il souligné.

« Une des raisons de brûler l’ivoire est aussi d’éviter qu’il ne +s’échappe+ des endroits de stockage vers le marché noir », a expliqué le responsable de WWF. « Nous détruisons l’ivoire comme on détruit la cocaïne en Amérique latine », a-t-il ajouté, plaidant pour des sanctions fortes contre les braconniers.

Au Gabon, certains estiment qu’il aurait mieux valu vendre l’ivoire pour financer des projets de conservation. Mais, pour Luc Mathot, de l’ONG Conservation Justice, « si on vend cet ivoire, il y a ensuite une confusion entre l’ivoire légal et illégal. Ca alimente le marché ».

Le président gabonais Ali Bongo a justifié la décision de brûler l’ivoire en mettant l’accent sur l’avenir: « L’éléphant vivant vous rapporte plus que mort. En termes économiques, le développement du tourisme, qui va être important au Gabon, demande que nous puissions préserver notre faune et notre flore », a-t-il déclaré.

« Ce que nous sommes en train de faire, en dehors de la valeur symbolique, a une réelle valeur de préservation économique », a ajouté M. Bongo. « Il faut traduire le capital naturel en termes de revenus et le transmettre à nos futures générations », a-t-il souligné.

Le président gabonais a promis d’étudier avec le ministère de la Justice un durcissement des peines contre le braconnage et rappelé la création d’une « brigade spécialisée ».

Il a appelé la communauté internationale à « faire pression sur les pays qui continuent le commerce » pour, a-t-il dit, « qu’ils comprennent que ce qui est en train de se passer est dangereux pour nous, pays d’origines ».

« A partir du moment où il n’y a pas de demande, l’offre disparaîtra », a estimé M. Bongo.

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