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En Sibérie, la cité scientifique Akademgorodok veut croire au renouveau

En Sibérie, la cité scientifique Akademgorodok veut croire au renouveau
Dernière mise à jour le 29/06/2012 à 7:08

Elle a connu la gloire à l’époque soviétique, puis a été délaissée dans les années 1990. Mais aujourd’hui, Akademgorodok, cité pionnière de scientifiques bâtie dans les années 1950 au beau milieu de la Sibérie, veut croire à un nouvel avenir.

Signe de ce renouveau, un gigantesque bâtiment orange à l’allure futuriste récemment construit surplombe la petite ville située à une trentaine de kilomètres du centre de Novossibirsk, et à quatre d’heures d’avion de Moscou.

L’édifice, qui tranche avec les bâtiments défraîchis de l’époque soviétique, abrite plusieurs entreprises innovantes, spécialisées notamment dans les biotechnologies ou les nanotechnologies.

Une sorte de couveuse qui inspire notamment les créateurs de l’ambitieux projet de « Silicon Valley » russe lancé il y a deux ans à Skolkovo, dans la banlieue de Moscou.

Mais Akademgorodok est surtout connue à l’étranger depuis l’époque soviétique pour des instituts tels que celui de physique nucléaire, qui travaille notamment en coopération avec le Cern à Genève sur son accélérateur de particules.

« Un avant-poste scientifique en Sibérie »

« Akademgorodok est un avant-poste scientifique en Sibérie », déclare Vassili Fomine, vice-président du département sibérien de l’Académie des Sciences et directeur de l’institut de mécanique.

Créée en 1957 sur ordre de Nikita Khrouchtchev, surgie de terre en une dizaine d’années en pleine taïga, Akademgorodok participa à la gloire de l’Union soviétique, et reçut les visites de chefs d’Etat tels que le général de Gaulle ou Churchill.

A l’époque, la Sibérie était un immense territoire inexploré et les chercheurs de la cité avaient pour but d’étudier son sous-sol et ses ressources. « Ce sont les scientifiques qui y ont trouvé le pétrole et le gaz », souligne M. Fomine.

Mais la perestroïka à partir de 1985, puis la chute de l’URSS la frappèrent de plein fouet. La diminution drastique des budgets alloués à la science dans les années 1990 provoqua une fuite massive des cerveaux vers l’Occident.

« Nous avons survécu grâce à l’aide des chercheurs occidentaux », raconte le scientifique. « Ils nous ont donné des bourses, ont signé des contrats avec nous, nous ont associés à divers programmes », explique-t-il.

« Nous avons appris à bien travailler, à avoir des responsabilités, à rédiger et présenter correctement les résultats de nos recherches et à lutter pour avoir des bourses », poursuit-il.

Et depuis quelques années, avec le développement économique de la Russie, est apparue de nouveau « une demande pour les recherches scientifiques », dit-il.

Les autorités russes, pressées par l’impératif de moderniser le pays, ont recommencé à financer ce secteur, promesse d’un second souffle pour Akademgorodok.

« Nous nous en sommes sortis, nous sommes là et nous continuons à travailler », se félicite M. Fomine.

« Ces dernières années, on observe un certain retour à la science », témoigne de son côté Pavel Kostrikov, un ancien chercheur qui travaille désormais au centre d’exposition d’Akademgorodok.

« Avant, les étudiants faisaient leurs études et une fois diplômés partaient en Occident, maintenant beaucoup restent ici, car les salaires dans les instituts sont corrects et on leur accorde des logements », explique-t-il.

Pour preuve, plusieurs immeubles sont en cours de construction dans la ville.

Fin 2010, de jeunes chercheurs russes avertissaient pourtant que la fuite des cerveaux s’élevait toujours à 20% des diplômés dans certains domaines comme la biologie.

Mais « ici, la situation est nettement meilleure qu’ailleurs en Russie », remarque M. Kostrikov. « Le plus important, c’est que la dynamique soit positive », conclut-il.

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