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Hong Kong : malaise au grand quotidien anglophone South Morning China Post

Hong Kong: malaise au grand quotidien anglophone South Morning China Post
Dernière mise à jour le 02/07/2012 à 10:31

Le rédacteur en chef du South Morning China Post (SMCP) fait face à une vague d’accusations de vouloir ménager Pékin, nouvelle illustration de la méfiance des habitants de Hong Kong vis-à-vis de la Chine, 15 ans après le retour dans son giron.

Wang Xiangwei, premier Chinois du continent à occuper le poste de rédacteur en chef du grand quotidien anglophone de Hong Kong, créé en 1903, admet avoir pris « une mauvaise décision » en réduisant la couverture de la mort suspecte d’un dissident.

Les journalistes du SMCP, un des quotidiens les plus rentables du monde, se plaignent d’une érosion de leur liberté d’écrire sur la Chine depuis l’arrivée de M. Wang à son poste en février. Ancien du journal officiel China Daily, le quotidien anglophone de Pékin, il a dû démentir être membre du parti communiste.

Les tiraillements internes au SMCP ont éclaté au grand jour après la mort dans des circonstances suspectes début juin du dissident Li Wangyang, emprisonné pendant plus de 21 ans après les évènements de Tiananmen.

Ce militant avait été retrouvé dans un hôpital du centre de la Chine, un bandage autour du cou attaché à un rebord de fenêtre, tandis que ses deux pieds reposaient sur le sol.

Un suicide, selon les autorités chinoises. Des conclusions qui ont suscité l’incrédulité étant donné que Li était quasiment sourd, aveugle et incapable de marcher. Cette mort a été largement couverte par les journaux sinophones de Hong Kong.

Le South Morning China Post a publié un long article dans sa première édition du 7 juin, réduit à une brève de 101 mots dans la deuxième édition.

« Il n’a jamais été dans mon intention de relativiser cette histoire et d’exercer une forme d’autocensure », assure M. Wang dans un entretien avec l’AFP, ajoutant avoir été « surpris de la réaction » à cette affaire. « J’ai à prendre beaucoup de décisions et quand je réfléchis à celle-ci, je me dis que j’ai pris la mauvaise ».

Le Post est ensuite revenu sur l’affaire Li : articles en couverture, éditoriaux et deux mises au point de Wang Xiangwei, affirmant que son journal avait attendu que « puissent être fournis plus de faits et de détails ».

Mais les journalistes se sont alors demandés pourquoi avoir publié ne serait-ce qu’une brève le 7 juin si les faits semblaient douteux.

« Une réputation de censeur »

Le Wall Street Journal écrivait récemment dans un éditorial que M. Wang s’était « créé une réputation de censeur interne au journal depuis sa nomination en tant que rédacteur en chef pour la Chine en 2000″ et qu’il encourageait la rédaction d’articles favorables à Pékin.

« Je rejette totalement ces accusations (…), qui sont totalement hors de propos et partiales », s’émeut le journaliste.

Wang Xiangwei a rejoint le Post en 1996 et a été nommé rédacteur en chef par l’équipe de direction qui travaille pour Robert Kuok, un tycoon de Malaisie détenteur d’intérêts économiques en Chine et d’une participation de contrôle au capital du quotidien de Hong Kong.

Grâce à son carnet d’adresses en Chine, les écrits de M. Wang sont une lecture incontournable, estiment des journalistes du Post qui soulignent que le journal continue de publier des articles critiques sur Pékin.

En vertu du principe +Un pays, deux systèmes », Hong Kong jouit d’une liberté de parole, dans la rue et dans la presse, inconnue sur le continent.

Mais les reporters sont frustrés de voir leurs histoires rejetées et leurs interlocuteurs choisis par la hiérarchie tandis que les contrats de correspondants expérimentés à l’étranger n’ont pas été renouvelés sous le mandat de Wang Xiangwei.

« L’ensemble du journal a l’impression de se transformer lentement en China Daily », affirme Alex Price, journaliste qui s’est opposé à M. Wang sur l’affaire Li dans des mails peu amènes rendus publics. « Le journal est prêt à se battre ».

Un sondage publié la semaine dernière par l’Association des journalistes de Hong Kong illustrait cette impression de malaise: 87% des journalistes interrogés considèrent que la liberté de la presse a reculé depuis 2005, citant l’autocensure, un accès réduit aux informations et des ingérences de Pékin.

Des dizaines de milliers de HongKongais sont descendus dimanche dans les rues pour réclamer plus de démocratie et moins d’intervention de Pékin dans leurs affaires, à l’occasion du 15e anniversaire de retour à la Chine de l’ancienne colonie britannique.

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