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« La vieille dame du riad » de Fouad Laroui : livrer l’Histoire pour mieux se délivrer

« La vieille dame du riad » de Fouad Laroui: livrer l’Histoire pour mieux se 
délivrer
Dernière mise à jour le 09/07/2012 à 8:59

Fidèle à son pays d’origine, le Marocain Fouad Laroui tente, dans son roman « La vieille dame du riad », de livrer l’Histoire du Royaume, peu connue des étrangers qui viennent à la quête du soleil et des plaisirs de la vie.

Livrer l’Histoire du Maroc ou la réexplorer et évoquer les différences culturelles entre Marocains et Français, pour transmettre un message sur la nécessité de comprendre l’autre, est une mission difficile que l’auteur a accomplie avec une main, ou plutôt une plume de maître.

Il s’agit, dans ce roman, d’un couple parisien, Cécile et François, qui décide de s’installer à Marrakech et d’acheter un riad à l’instar des stars et des richards du monde.

Ils seront choqués quand ils découvriront une vieille dame toute petite et noiraude squatter une chambre au fond de cette demeure tant désirée.

Ni l’agent immobilier Hmouddane, ni le commissaire Chaâbane ne peuvent expulser cette femme qui ne parle pas. Seul leur voisin Mansour, un professeur universitaire, était capable de dévoiler son secret. « Ces Chrétiens sont venus me ramener mon fils Tayeb », soulevé dans la guerre de Rif, a-t-elle avoué.

Comme dans son roman « la femme la plus riche du Yorkshire », Laroui opte pour des filles d’Eve pour faire ses découvertes historiques, sociologiques et anthropologiques. On dirait que la femme, ce réceptacle de sentiments, de désirs et d’ambitions souvent inavoués, est la mieux placée pour véhiculer des informations et des réalités ignorées.

La deuxième partie de ce « faux roman » commence avec un récit de la disparition de Tayeb et de l’histoire du Maroc pendant le protectorat.

Conforté par un style élégant et un humour désarçonnant, Laroui a manipulé ses personnages avec intelligence en vue de lutter contre des stéréotypes qui avortent toute tentative de cohabitation et de rapprochement entre les cultures.

« Les civilisations sont conciliables (…) et sont très proches les unes des autres », a souligné l’auteur récemment à Rabat, lors d’un débat autour de ce livre, organisé par les Amis du café littéraire et l’Association pour la promotion de l’édition du livre et de la lecture (APELL).

Il suffit d’écouter l’autre pour le comprendre, selon Laroui pour qui « la dénonciation par le rire ou par la dérision est extrêmement efficace ». « Le rire dérange plus que le pamphlet », dit-il, semblant, toutefois, irrité quand ses lecteurs lui disent que ses livres sont « légers ».

Le roman déborde de passages qui font rire à pleine gorge et qui montrent en filigrane une incompréhension injustifiée de la culture marocaine, due à un racisme implicitement déclaré.

Il y a une scène, par exemple, où François dit à son épouse : « On sera bientôt plus Marocains que Bourguiba ».

Dans un autre passage, le couple ne comprenait pas l’agent immobilier qui parlait un vieux français de Montaigne, croyant que c’est du berbère. Quand il leur dit « on va noliser un coche », ces Parisiens échangent les regards et prennent un air confus.

Dans la 3ème partie, Cécile et François « se rendent compte qu’ils se sont réunis dans un endroit où il n’y a pas uniquement les chameaux et les Marrakchis, mais il y a de l’Histoire ».

L’auteur du roman « une année chez les Français » a préféré, encore une fois, la critique sociétale au discours politique abrupt, tout en trouvant subterfuge dans l’ironie.

Né à Oujda, Fouad Laroui a fait ses études au Lycée Lyautey à Casablanca avant de passer par l’Ecole nationale des ponts et chaussées en France.

Il enseigne l’économétrie et les sciences de l’environnement à l’université d’Amsterdam. Il a publié plusieurs romans et des recueils de nouvelles, dont « tu n’as rien compris à Hassan II », « le jour où Malika ne s’est pas mariée » et « le maboul ».-

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