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Damas en guerre, tournant dans la révolte contre le pouvoir d’Assad

Dernière mise à jour le 16/07/2012 à 13:52

La révolte contre le régime syrien a connu un tournant avec pour la première fois de violents combats lundi entre l’armée et les rebelles près du centre de Damas, symbole du pouvoir du président Bachar al-Assad.

Chose inédite, l’armée, forte de blindés et de transports de troupes, s’est déployée dans le quartier de Midane, proche du centre de la capitale. Au même moment, les accrochages se poursuivaient, pour la deuxième journée, dans plusieurs quartiers périphériques du sud, de l’ouest et de l’est de Damas, hostiles au régime, selon une ONG syrienne et des militants.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a estimé que la Syrie était désormais en situation de guerre civile, soulignant à l’intention de toutes les parties que le « droit international humanitaire doit s’appliquer ».

« C’est la première fois qu’il y a des blindés et des transports de troupes à Midane. Avant, les forces de l’ordre étaient dépêchées pour réprimer les manifestations, aujourd’hui, il y a des soldats engagés dans des combats », a déclaré à l’AFP Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La capitale était jusqu’à présent ultra-sécurisée et contrôlée principalement par la quatrième division du premier corps d’armée dirigée par Maher al-Assad, le frère du chef de l’Etat.

L’Armée syrienne libre (ASL), composée notamment de déserteurs, est faiblement équipée face à la puissance de feu de l’armée régulière, mais est plus mobile et bénéficie de l’aide d’une partie de la population.

« La révolution s’étend et resserre l’étau autour du régime dans des zones où il se sentait à l’abri de la colère du peuple », avait réagi l’opposition dimanche.

Le quotidien al-Watan, proche du régime, titrait lundi à l’adresse des opposants, « Damas, vous ne l’aurez jamais ».

« Les forces de sécurité, aidées par l’armée, attaquent depuis 48 heures les groupes terroristes qui tentent de se retrancher dans les quartiers périphériques », a-t-il affirmé.

« Un tournant »

« Ce qui se passe à Damas est un tournant », a estimé M. Abdel Rahmane. « Quand des combats se poursuivent dans la capitale pendant des heures, voire des jours, et que les troupes régulières n’arrivent pas à contrôler la situation, cela illustre la faiblesse du régime ».

« Ce sont les premiers combats de ce genre à Damas. Le 15 juillet marque un tournant dans la révolution syrienne », a affirmé pour sa part à l’AFP un militant à Damas se présentant sous le nom d’Abou Moussab.

Les bombardements ont repris aux premières heures lundi dans le quartier rebelle de Tadamoun avant de s’intensifier en début d’après-midi, selon des militants. Outre Midane et Tadamoun, Kafar Soussé, Jobar, Qadam, Nahr Aïché et Al-Aassali sont parmi les quartiers périphériques touchés dans les combats.

Selon Abou Moussab, « beaucoup d’habitants de Tadamoun ont quitté ce quartier populeux aux rues étroites ».

En banlieue, un habitant de Jaramana, dans le sud de Damas, a affirmé à l’AFP: « Hier soir c’était un véritable champ de bataille, des roquettes et des tirs ont été entendus dans les localités situées sur la route de l’aéroport jusqu’aux premières heures du jour ».

Ailleurs dans le pays, des quartiers rebelles de Homs (centre), assiégés depuis des semaines, étaient également bombardés, selon l’OSDH. L’ONG a en outre fait état de l’arrestation d’un célèbre gardien de but, Moustapha Chakouche, à Lattaquié (nord-ouest), « en raison de son soutien à la révolte ».

Quatre rebelles et un civil ont péri à travers la Syrie lundi, selon l’OSDH qui s’appuie sur un réseau de militants.

« Assad ne partira pas »

Face aux violences qui ont fait plus de 17.000 morts, en majorité des civils, en 16 mois, le Maroc a déclaré l’ambassadeur de Syrie à Rabat « persona non grata » et l’a prié de « quitter le royaume ». Damas n’a pas tardé à riposter en déclarant comme tel l’ambassadeur du Maroc, qui avait quitté le pays il y a plusieurs mois.

En Russie, principal allié du régime, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a estimé qu’il n’était « pas réaliste » d’espérer que Moscou puisse convaincre le président syrien de quitter le pouvoir, comme le souhaitent les Occidentaux.

M. Assad « ne partira pas, non pas parce que nous le soutenons, mais simplement parce qu’une part tout à fait significative de la population de la Syrie le soutient », a-t-il dit.

Il a par ailleurs accusé les Occidentaux d’exercer un « chantage » pour forcer Moscou à accepter des sanctions du Conseil de sécurité contre Damas.

Cette déclaration intervient alors que le président russe Vladimir Poutine doit rencontrer mardi l’émissaire international Kofi Annan à Moscou pour lui faire part de « son soutien (à son) plan de paix », resté lettre morte.

Face à l’intransigeance de la Russie qui bloque toute résolution condamnant la répression, l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a dénoncé une « attitude criminelle ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a souhaité de son côté que la visite de M. Annan permette de « convaincre la Russie du fait qu’il est maintenant nécessaire d’insister sur la mise en place d’un gouvernement de transition en Syrie ».

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