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Prévoir les crimes avant qu’ils ne soient commis, grâce à l’informatique

Prévoir les crimes avant qu’ils ne soient commis, grâce à l’informatique
Dernière mise à jour le 31/07/2012 à 6:43

Un nombre grandissant de polices, aux Etats-Unis et ailleurs, utilisent des logiciels « d’analyse prédictive » fondés sur des algorithmes pour tenter de prévoir les crimes avant qu’ils ne soient commis.

Le concept fait penser à la science-fiction ou à des films comme Minority Report de Steven Spielberg. Reste que l’analyse prédictive des crimes est prise très au sérieux par la police américaine, à Memphis (Tennessee) et à Los Angeles, mais aussi en Grande-Bretagne et en Pologne.

Le principe est simple: les criminels ont des comportements que l’on peut modéliser et, grâce à un logiciel semblable à celui utilisé par les grandes surfaces et les sites Internet pour cibler les tendances d’achats des clients, la police peut déterminer où le prochain crime pourrait avoir lieu, et parfois l’empêcher.

« On peut construire un modèle de comportement avec plusieurs facteurs comme la période de l’année, s’il fait chaud et humide ou froid et neigeux, si c’est un jour de paye où les gens auront du liquide sur eux… » explique Mark Cleverly, qui dirige l’unité d’analyse prédictive de la criminalité du géant informatique IBM, qui travaille avec des services de police à Londres, en Pologne et dans plusieurs villes américaines et canadiennes.

« Cela ne veut pas dire qu’un crime aura lieu à une heure et un lieu spécifiques, personne ne peut le prédire. Mais cela peut nous dire par exemple que l’on peut s’attendre à une vague de vols de voitures. »

A Memphis, les autorités assurent que la criminalité a baissé de 30% et les crimes violents de 15% depuis que la police utilise un programme d’analyse prédictive mis au point par IBM.

Le programme, baptisé CRUSH (pour « Réduction de la criminalité par l’utilisation de statistiques historiques »), permet à la police de cibler certains points chauds afin de mieux déployer ses agents sur le terrain.

Inquiétudes pour les libertés

« Quand les données nous indiquent un point chaud, nous pouvons immédiatement réagir », explique à l’AFP John Williams, directeur chargé de l’analyse criminelle de la police de Memphis. « Dans de nombreux cas, nous avons pu effectuer des arrestations importantes parce que nous étions au bon endroit et au bon moment. »

Le logiciel a par exemple permis à la police de démanteler une bande de cambrioleurs, raconte M. Williams: « Il y avait eu 84 vols dans un quartier hispanique, mais nous ne savions pas à quel point ils étaient organisés ». Grâce aux données collectées, la police a pu cibler la zone et l’horaire avec la plus grande probabilité de vol, poursuit l’officier.

« Au final, nous avons attrapé une bande en flagrant délit et cela nous a orienté vers d’autres cambriolages », se félicite-t-il, expliquant que des fonctionnaires se déplacent depuis Hong Kong, le Brésil et l’Estonie pour étudier l’expérience menée à Memphis.

A Los Angeles, un autre logiciel testé dans un quartier de la ville a permis une réduction de la criminalité de 12% alors que le reste de la ville subissait sur la même période une hausse de 0,2%.

Les logiciels d’analyse prédictive ont beau être loués pour leur caractère préventif, des voix s’élèvent pour dénoncer de possibles intrusions dans la vie privée et des atteintes aux droits.

Professeur de droit à l’Université du District de Columbia, à Washington, Andrew Guthrie Ferguson pense que l’utilisation de l’analyse prédictive pourrait, à cause de fouilles « excessives », abaisser le seuil de protection constitutionnelle des citoyens.

« Pour arrêter et fouiller quelqu’un, un agent de police doit avoir un motif valable, je me demande donc à quel point cette technique va modifier ce motif valable », explique-t-il.

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