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Chine : l’épouse de l’ex-dirigeant Bo Xilai admet le meurtre d’un Britannique

Chine: l’épouse de l’ex-dirigeant Bo Xilai admet le meurtre d’un Britannique
Dernière mise à jour le 09/08/2012 à 10:53

L’épouse de l’ex-dirigeant chinois Bo Xilai a admis jeudi lors de son procès avoir fait boire à un homme d’affaires britannique un poison létal, un crime à la source d’un scandale qui a fortement ébranlé le Parti communiste au pouvoir.

Gu Kailai, 53 ans, par la voix de son avocat nommé par les autorités, « n’a pas contesté » l’assassinat de Neil Heywood, 41 ans, mais espère que la coopération dont elle a fait preuve sera prise en compte, a indiqué Tang Yigan, un officiel du tribunal de Hefei (est de la Chine).

Les débats d’audience sur cette affaire mêlant meurtre, argent et politique n’ont duré qu’une journée et le verdict, mis en délibéré, sera rendu à une date ultérieure, a-t-il précisé.

Selon le procureur cité par le tribunal, Gu Kailai a le 13 novembre dernier rendu visite à Neil Heywood, installé dans un luxueux hôtel de Chongqing, la ville-province devenue fief de Bo Xilai qui y dirigeait le Parti.

Le Britannique a gravité une dizaine d’années dans le cercle de la famille Bo avant que les rapports entre lui et le couple ne se tendent.

Après avoir fait boire du thé et du vin à l’homme d’affaires, la Chinoise a elle-même versé un liquide empoisonné dans la bouche du Britannique, qui était saoûl au point d’avoir vomi peu avant.

Elle a bénéficié de l’assistance d’un complice, Zhang Xiaojun, qui a apporté la solution mortelle et qui, comme la femme de Bo, a reconnu les faits, selon le texte transmis aux journalistes étrangers.

Ces derniers n’avaient pas été admis dans la salle d’audience, où en revanche avaient pu prendre place deux diplomates britanniques. Un événement notable alors qu’il est fréquent que les autorités chinoises refusent la présence aux audiences de représentants étrangers.

Avocate internationale renommée, Gu Kailai devrait selon les analystes être condamnée pour assassinat tout en échappant à la peine capitale.

Mais, ajoutent-ils, son sort et celui de son époux restent intimement dépendants de la lutte qui se déroule actuellement tout en haut de l’exécutif chinois, quelques mois avant le 18e congrès du Parti communiste qui doit marquer le début de l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe dirigeante.

Certains ont comparé ce procès avec celui éminemment politique de la Bande des Quatre, quand la veuve de Mao et trois autres dirigeants chinois furent arrêtés, démis de leurs fonctions, puis traduits en justice après la mort du Grand Timonier.

Aucun des grands journaux chinois n’a évoqué jeudi dans ses pages le procès de Gu Kailai et l’agence de presse Chine nouvelle n’a annoncé la tenue de celui-ci qu’après la conclusion des débats. La télévision d’Etat a pour sa part diffusé quelques images de l’accusée au début de l’audience.

Le fils du couple, Bo Guagua, censé étudier aux Etats-Unis, avait de son côté transmis à la chaîne américaine CNN un communiqué en défense de sa mère.

Quatre responsables policiers accusés d’avoir aidé Gu Kailai vont être traduits en justice, a par ailleurs rapporté l’agence officielle chinoise.

Ils sont soupçonnés d’avoir usé de leur influence pour protéger Mme Gu et tenter de lui éviter des poursuites pour assassinat. Ils comparaîtront dans le même tribunal qu’elle.

Pour les experts, la tenue de ce procès signifie que la direction communiste a atteint un consensus sur la manière de traiter le cas Bo Xilai.

Joseph Cheng, sinologue de l’université de Hong Kong, estime ainsi que toute clémence dont bénéficierait le clan Bo serait compensée par une perte d’influence de ses proches dans le prochain organigramme de la direction suprême du Parti.

L’ambitieux et flamboyant Bo Xilai, étoile montante promise aux plus hautes destinées, est tombé en disgrâce au printemps pour notamment des faits de corruption. Sa chute a jeté une lumière crue sur les profondes divisions au sommet de l’appareil communiste.

Ce néo-Maoïste s’était fait beaucoup d’ennemis avec sa campagne musclée antimafia et sa remise au goût du jour des chants révolutionnaires « rouges » dans sa ville-province de Chongqing.

C’est d’ailleurs son bras droit, aux méthodes musclées, qui a été à l’origine de l’éclatement de toute l’affaire.

En février ce « superflic » incorruptible nommé Wang Lijun avait tenté de trouver refuge dans un consulat général des Etats-unis du sud-ouest de la Chine, où il avait déballé tout ce qu’il savait des turpitudes du couple Bo.

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