Aufait Maroc

« Le dernier ninja » japonais

« Le dernier ninja » japonais
Dernière mise à jour le 09/08/2012 à 7:55

Il n’y aura pas de 22ème chef du clan Ban. A 63 ans, Jinichi Kawakami, un ingénieur en retraite, est considéré comme le dernier ninja du Japon.

« Oui, je pense qu’on peut m’appeler comme ça, car il n’y a probablement personne d’autre qui ait appris l’art des ninjas » selon les préceptes des maîtres édictés il y a plusieurs siècles, proclame avec une fierté tout en maîtrise Jinichi Kawakami.

Kawakami dispose de son musée personnel consacré à ces mystérieux guerriers dans la ville de Iga, une cité entourée de montagnes considérée comme le berceau de cette tradition, située à environ 350 km au sud-ouest de Tokyo et tout près de l’ancienne capitale impériale Kyoto.

Sanglé dans un kimono tout simple, ce paisible retraité à l’imposante masse de cheveux de jais ne ressemble en rien à l’image cinématographique des silhouettes noires bondissantes qui disparaissent comme par magie dans une nuage de fumée, après avoir lancé quelques mortelles étoiles d’acier.

21ème chef du clan, Kawakami sait bien que ces ninjas-là n’existent plus, mais il entend perpétuer leur esprit et leurs techniques, quand ils combattaient pour leurs seigneurs samouraïs dans le Japon médiéval.

« On ne peut plus par exemple tuer ou empoisonner. Et même si on suit les instructions pour fabriquer du poison, on ne va pas l’essayer », dit-il à l’AFP. Difficile de savoir s’il le regrette ou non, tant il est impassible.

Tout, en tout cas, invite le visiteur à se laisser emporter dans la fantasmagorie des hommes en noir, à commencer par les portiques de bois rouges qui mènent à un petit sanctuaire shinto proche de son musée, perché en haut d’une colline et pas loin non plus d’un château médiéval datant de 1585.

Parchemins secrets

Les ninjas ont pour la première fois croisé la route de Kawakami quand il n’avait que six ans. Ils ne l’ont jamais quitté depuis, même si 57 ans plus tard il n’a qu’un vague souvenir de son maître Masazo Ishida, dont il a hérité le titre. Il garde tout de même l’image d’un homme habillé en moine bouddhiste.

Kawakami se décrit lui-même comme « un garçon étrange » quand il était petit, auquel on ne faisait pas trop attention quand il se livrait à ses pratiques bizarres. « Je faisais des exercices mais je ne savais pas en fait ce que je faisais. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que je pratiquais le ninjutsu », l’art des ninjas qui combine des exercices physiques et mentaux, mais aussi l’étude de la chimie, la météorologie et la psychologie.

« Pour moi le ninjutsu c’est une technique globale de survie », estime Kawakami, même si au départ cela s’apparentait plus à un art de la guerre centré sur l’espionnage, les techniques de guérilla et comment échapper à la mort: « Il est possible d’y échapper en se perchant sur le cil de votre ennemi, ce qui signifie que vous êtes tellement près de lui qu’il ne peut vous voir ».

« Pour la concentration, je regardais la mèche d’une bougie jusqu’à ce que j’ai l’impression d’être à l’intérieur de la bougie. Ou alors je m’entraînais à écouter le son d’une minuscule aiguille qui tombe par terre ».

Alors le « garçon étrange » a escaladé des murs, sauté de haut, a appris à mélanger des produits explosifs, s’est imposé le froid, le chaud, la faim et la souffrance physique… « C’était dur, douloureux, pas drôle, je ne me demandais pas pourquoi je faisais ça, ça faisait partie de ma vie ».

A 19 ans, il hérite du titre de maître et reçoit des parchemins secrets mais aussi des outils spéciaux. Certains de ces objets sont exposés dans les quelques salles de son musée.

Parallèlement à ses entraînements, Jinichi Kawakami a récemment entrepris des recherches sur les ninjas à l’université publique de Mie (centre-ouest). Et quand il n’étudie pas, il fait visiter son musée-passion et continue à inlassablement exercer le corps et l’esprit du dernier ninja. Bien qu’un brin de tristesse lucide passe dans son regard: « les ninjas ne sont pas adaptés au monde moderne ».

A lire aussi...

Recevez notre newsletter

×