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L’Afrique du Sud horrifiée par le massacre de la mine de Marikana

L’Afrique du Sud horrifiée par le massacre de la mine de Marikana
Dernière mise à jour le 17/08/2012 à 20:48

L’Afrique du Sud était sous le choc vendredi du pire massacre jamais survenu dans une opération policière depuis la chute de l’apartheid en 1994, avec la mort de 34 mineurs grévistes jeudi à la mine de platine Lonmin de Marikana (nord).

Le président Jacob Zuma a quitté subitement vendredi matin un sommet régional au Mozambique pour se rendre sur les lieux du drame, et annoncer la création d’une commission d’enquête.

« Nous devons faire éclater la vérité sur ce qui s’est passé ici, c’est pourquoi j’ai décidé d’instaurer une commission d’enquête pour découvrir les causes réelles de cet incident », a déclaré le chef de l’Etat, dans une allocution retransmise en direct à la télévision.

Pour la chef de la police nationale Riah Phiyega, les choses sont déjà claires: « Le groupe des grévistes a chargé en direction de la police, tirant des coups de feu et brandissant des armes dangereuses. Les policiers se sont repliés et ont été forcés d’utiliser la force pour protéger leur vie », a-t-elle expliqué, avant d’annoncer un bilan de 34 morts, 78 blessés et 259 arrestations.

Vendredi, les lieux du massacre étaient bouclés par des véhicules blindés de la police, survolés par des hélicoptères. La police scientifique ratissait le terrain à la recherche d’indices.

A quelques centaines de mètres, à côté des misérables baraquements des mineurs, quelques centaines de femmes chantaient des chants de l’époque de la lutte contre l’apartheid.

« La police est venue ici, pour tuer nos maris, nos frères. Ici. Nos enfants! », criait l’une d’elles, Nokuselo Mciteni, 42 ans.

Alors qu’aucune liste sur le nom et la nationalité des victimes n’a encore été publiée, certaines femmes, en larmes, cherchaient toujours un mari ou un frère disparu depuis la veille.

Vendredi soir, la direction de Lonmin a annoncé qu’elle allait ouvrir une cellule d’aide à l’hôpital pour aider les familles à identifier les morts, et mettre en place un soutien psychologique.

Près de 2.000 hommes se sont également rassemblés non loin du lotissement, affirmant qu’ils continueront la grève tant que leurs revendications ne seront pas entendues.

Tous les médias du pays ont consacré leur une ou leur antenne au « massacre de Marikana ».

Dans une nation où le souvenir des luttes sanglantes contre le régime raciste de l’apartheid est omniprésent, la vision de policiers tirant sur des grévistes, eux-mêmes armés, a ravivé des plaies encore vives.

Résumant un sentiment général, le grand quotidien The Times notait que les images qui ont fait le tour du monde « semblaient appartenir à une Afrique du Sud du passé, lorsque les confrontations entre la police et les civils étaient monnaie courante (…) Mais ces images n’étaient pas des images de l’apartheid ».

« Nous sommes choqués et consternés par cette violence insensée. Nous croyons qu’il y a assez de place dans notre système démocratique pour que les différends soient résolus par le dialogue, sans violation de la loi et sans violence », a réagi le président Zuma.

Les commentateurs, vendredi, recherchaient les causes de ce drame dans plusieurs directions.

Les uns notaient que les responsabilités étaient partagées: entre la police d’une part, mal formée et mal équipée pour faire face à la situation, et les grévistes d’autre part, qui ont fait de la violence un moyen ordinaire d’appuyer leurs revendications.

D’autres pointaient du doigt la condition misérable des mineurs et l’accumulation de leurs frustrations, exacerbées par la surenchère de certains syndicats.

Les mineurs de Marikana gagnent environ 4000 rands (400 euros) par mois, et réclamaient jusqu’à 12.500 rands (1.250 euros). La plupart d’entre eux vivent dans des baraquements insalubres accolés à la mine, sans eau courante.

« Il y a eu très peu d’amélioration dans la vie des gens depuis des décennies, a affirmé à l’AFP Daniel Silke, chercheur en sciences sociales, et le gouvernement n’a pas été capable de faire face à cette frustration ».

Une aile minoritaire mais parfois bruyante de l’ANC, le parti au pouvoir, appelle d’ailleurs régulièrement à des mesures radicales pour réduire les inégalités économiques, toujours gigantesques dix-huit ans après l’avènement de la démocratie.

Les milieux économiques s’inquiétaient pour leur part de l’impact négatif de ces incidents, notamment auprès des investisseurs étrangers. « Ca pose clairement question sur l’environnement économique dans le pays », notait Iraj Abedian, Pdg du groupe Pan African Investments, résumant un avis général.

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