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Des voix s’élèvent au Maroc contre la cérémonie d’allégeance au Roi

Des voix s’élèvent au Maroc contre la cérémonie d’allégeance au Roi
Dernière mise à jour le 23/08/2012 à 13:06

La cérémonie d’allégeance au Roi, qui commémore l’accession au trône de Mohammed VI, s’est déroulée cette année pour la première fois en présence de ministres islamistes mais des voix diverses se sont élevées de manière plus explicite pour la critiquer.

Appelée Beyâa, elle se déroule chaque 30 juillet, date à laquelle Mohammed VI a succédé en 1999 à son père feu Hassan II.

Cette année, en raison du ramadan, elle ne s’est toutefois tenue que mardi dernier, dans la grande cour du palais royal de Rabat, en présence d’un millier de notables, d’élus et de membres du gouvernement islamiste issu des législatives de 2011 remportées par le Parti justice et développement (PJD).

Comme de coutume, les dignitaires se sont prosternés, par groupes successifs face au roi, en tenue d’apparat sur un cheval noir protégé d’une ombrelle.

Dans une réaction officielle, le ministre des Affaires islamiques Ahmed Taoufiq -qui n’est pas membre du PJD-, a justifié cet acte d’allégeance à l’égard du roi, « commandeur des croyants ».

Il s’agit d’un « renouvellement de la part des Marocains de l’allégeance au roi au titre du contrat politique et religieux global », a-t-il affirmé.

« L’Etat qui a été instauré par le prophète … est basé sur l’acte d’allégeance qui s’est déroulé sous l’arbre », a-t-il précisé, sur la première chaîne marocaine.

Mais cette déclaration est intervenue après une rare série de critiques à l’encontre de la cérémonie, organisée pour la première fois en 1934 en guise de protestation contre la colonisation française du Maroc.

Initialement, elle ne se déroulait qu’au moment de l’intronisation du nouveau roi mais a été annualisée en 1962 par Hassan II.

« XXIe siècle »

Cette année, la décision de son report avait été interprétée par des médias marocains comme un prélude à la suppression de la cérémonie, avant que les autorités ne signalent qu’il était dû au ramadan.

Mercredi, quelques dizaines de personnes ont manifesté devant le Parlement à Rabat pour appeler à sa suppression, avant d’être dispersées brutalement par les forces de l’ordre.

« Cette manifestation d’allégeance pour la liberté et la dignité est pacifique et nous voulons à travers elle exprimer notre refus de cette cérémonie humiliante », a déclaré à l’AFP Hamza Mahfoud, l’un des participants.

Un « Manifeste de la dignité » a par ailleurs été signé par une centaine de personnes, appartenant à des ONG, au mouvement contestataire du 20-Février initié dans le sillage du Printemps arabe. En outre, des hommes politiques de gauche et du PJD sont également signataires.

Peu avant les élections de novembre 2011, marquées par la nette victoire des islamistes modérés, le futur Premier ministre, Abdellilah Benkirane, avait lui-même pris position, estimant que « certains aspects » de la cérémonie devaient « être révisés pour se conformer à la modernité ». « On est au XXIe siècle », avait-il ajouté.

Un responsable du PJD, Abdelali Hamiddine, juge lui auprès de l’AFP que la cérémonie d’allégeance « n’est pas nécessaire chaque année », avant d’ajouter: « Nous devons abandonner ces rituels humiliants pour la dignité humaine. C’est en contradiction avec la modernité politique ».

« Le respect dû au roi n’a rien à voir avec la prosternation et l’humiliation. »

M. Hamiddine.

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