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Pr. Radouane M’rabet, président de l’Université Mohammed V Souissi : « Au-delà de la gratuité, c’est le financement des universités qui pose problème »

Pr. Radouane M’rabet, président de l’Université Mohammed V Souissi : « Au-delà de la gratuité, c’est le financement des universités qui pose problème »
Dernière mise à jour le 27/09/2012 à 9:30

Pouvez-vous nous donner une idée sur les conditions  dans lesquelles s’est effectuée la rentrée universitaire 2012-2013 dans votre université ?

Les inscriptions se sont déroulées dans de bonnes conditions et nos étudiants ont déjà rejoint les amphis. Nous avons cette année à peu prés 10.000 nouveaux inscrits. Au total, nous avons 27.000 étudiants pour cette rentrée universitaire. L’augmentation des effectifs la plus significative s’est effectuée dans les deux facultés de droit Soussi et Salé qui sont 2 établissements où l’on trouve des filières à accès ouvert: droit en arabe, économie et gestion. Sinon, dans les autres filières à accès régulé, l’effectif est connu d’avance.

Pour lutter contre l’inadéquation emploi-formation, l’université s’est engagée dans une série de réformes pour aligner les filières proposées aux besoins du secteur privé. Quel est l’impact de ces nouvelles filières sur l’insertion des lauréats dans la vie active ?

Pour l’insertion professionnelle, nous essayons d’aider les étudiants en organisant, par exemple, des forums, des colloques, des séminaires et diverses manifestations auxquelles nous invitons des professionnels. Nous allons faire, cette année, de nouvelles expériences, en créant un certain nombre d’espaces pédagogiques particuliers: une agence bancaire, un tribunal et un centre d’investissement pédagogique, qui seront des laboratoires.

La recherche scientifique est un défi qui est loin d’être gagné. Pour votre part, vous vous êtes engagé à faire de l’Université Med V un pôle d’excellence? Où en êtes-vous de ce chantier ?

Nous avons un chantier important pour le pôle d’excellence de la santé. Un chantier ouvert qui a déjà nécessité 30 millions dhs déjà investis et 20 millions en cours d’investissement pour cette année 2012. Le centre sera opérationnel durant le premier semestre 2013. C’est un réel bijou scientifique qui sera implanté à la faculté de médecine. Il se décline en 3 axes: biotechnique, génétique, et génomique et épidémiologique.

Le ministre de l’Enseignement supérieur s’est attaqué dernièrement à la gratuité dans l’enseignement au Maroc, ce qui a créé une vive polémique. Quel est votre avis sur la question ?

La réaction était connue d’avance. De mon point de vue, ce dont il faut discuter, au-delà de la gratuité, c’est le financement des universités. La loi 01.00 qui régit l’Enseignement supérieur offre à l’université plusieurs sources de financement. Je suis pour que ce qui est stipulé dans la loi devienne un acquis. Maintenant, pour ce qui est des frais de scolarité ou autres, le débat est ouvert.

Votre université semble être prisée par les étudiants et les parents, au moment où l’enseignement public a mauvaise presse. Quel est votre commentaire ?

Si notre université est prisée, tant mieux, cela me fait plaisir. Dans tous les cas, tous les établissements relevant de notre université font du bon travail. Mais, nous avons aussi un handicap qui est le nombre d’étudiants qui augmente sans qu’on puisse l’accompagner avec la même vitesse en termes de locaux pédagogiques et en termes d’encadrement. Nous sommes en train de travailler sur des pistes pour améliorer les études dans les filières à accès ouvert, afin que l’étudiant puisse apprendre dans les meilleures conditions. Nous comptons lancer un projet de télé-enseignement qui va être axé sur ces formations à accès ouvert.

Dans le premier cycle de l’enseignement supérieur, on constate un important taux de déperdition. Comment luttez-vous contre ce phénomène ?

En fait, la déperdition on la constate de façon significative les premiers et seconds semestres de la première année, cap le plus difficile pour les étudiants. Dès qu’on passe ce cap, le taux de déperdition est plus faible. C’est sur ce premier segment qu’on doit mettre le maximum de moyens et essayer d’inventer de nouvelles méthodes pour que le taux d’échec et de déperdition soit le plus faible possible.

Quel sera l’impact sur l’enseignement supérieur public marocain de l’implantation prochaine de plusieurs écoles et universités étrangères au  Maroc ?

Ce n’est pas à l’issue de la première année de son implantation qu’on peut mesurer l’impact d’une université, qu’elle soit publique ou privée. Cela peut prendre 6 ans, voire plus. L’impact sur le nombre d’étudiants attirés n’est pas important. Au Maroc, cela va créer une émulation et toute émulation est bonne. Surtout une émulation entre professeurs pour que chacun fasse de son mieux pour un enseignement de qualité.

Quels sont vos projets?

2012, c’est la dernière année du plan d’urgence. Nous allons commencer à préparer le projet quadriennal. C’est un projet qui va dans le sens de l’amélioration de l’offre de formation et de nos performances scientifiques. Ce projet doit asseoir la politique numérique de l’université. Cela va fixer aussi notre politique d’une université verte, respectueuse de l’environnement et qui va dans le sens des principes du développement durable.

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