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Frontières Algérie-Tunisie : Un trafic fructueux d’essence avec les voisins

Dans la zone frontalière qui sépare la Tunisie de l'Algérie, les “hallaba” (trafiquants d'essence) font de gros bénéfices. Le carburant algérien subventionné, coûte en effet presque quatre fois moins cher qu'en Tunisie. Frontières Algérie-Tunisie : Un trafic fructueux d’essence avec les voisins
Dernière mise à jour le 24/04/2013 à 9:31

“Il n’y a pas de travail ici. Il faut bien vivre”, explique Mourad, installé dans le café de Khadara, un village de l’est algérien. Ce jeune trafiquant prépare sa prochaine virée en Tunisie voisine pour y revendre des centaines de litres de carburant.

Casquette vissée à l’envers sur la tête, détendu, Mourad tape de sa main droite celle de son camarade, Amine, 23 ans. “Nous sommes une vingtaine et nous travaillons de nuit”, raconte-t-il, entouré d’une dizaine de jeunes du village situé à 8 km de la frontière.

“J’arrive à me faire jusqu’à 100.000 dinars algériens (environ 10.886 dirhams) par mois”, affirme-t-il. Comme ses camarades.

Dans cette zone frontalière, les trafiquants d’essence, surnommés les “hallaba” (qui “abreuvent”) font de gros bénéfices. Le carburant de ce pays producteur de pétrole, subventionné, coûte presque quatre fois moins cher qu’en Tunisie.

En effet, en Algérie un litre d’essence vaut 23 dinars algériens (2,5 dirhams) le litre, contre 1,57 dinar tunisien (8,3 dirhams).

L’automobiliste tunisien, lui, paie cette essence algérienne offerte dans des jerricanes alignés au bord des routes à 1,2 dinar tunisien le litre, une économie substantielle.

Le principe du trafic est simple. Les véhicules attendent aux stations-essence que les camions-citernes passent. Dans la région, il y a des queues partout.

Une fois le plein fait et les jerricanes remplis, la marchandise est acheminée vers un point de stockage, une ferme ou un hameau isolé, explique un habitant de la région. “Tout se sait ici”, dit-il.

De l’argent facile

“À partir de 200 litres, on achemine à bord de 4X4, puis à dos d’âne. Toutes les nuits. Les Tunisiens récupèrent et paient cash. Quand on se fait choper par les douanes, la marchandise est saisie mais on ne finit pas en taule.”

Mourad, trafiquant algérien d’essence

“Les jeunes n’ont que le choix entre l’armée et le trafic ici”, se justifie Amine.

Ces jeunes font partie des 21% de jeunes Algériens de moins de 35 ans (près de 70% de la population) au chômage.

Mourad et Amine ne touchent pas aux armes ou à la drogue. “Trop dangereux”, disent-ils.

La semaine dernière, cinq personnes, dont deux Tunisiens, ont été arrêtés à 2 km de là. Ils avaient introduit en Algérie 30 kalachnikovs et des jumelles à infrarouge provenant de Libye, via la Tunisie. Les armes automatiques devaient être vendues 600.000 dinars algériens (65.316 dirhams) pièce.

Mais vendre en Tunisie du lait, du sucre, de l’huile ou de la farine -subventionnés en Algérie et bien moins chers que dans les pays voisins- “ne rapporte pas”, pour Amine, même si ce trafic marche bien.

Les 1.000 km de frontière tuniso-algérienne sont une “passoire”, disent les autochtones, mais seulement 2.336 affaires de contrebande ont été recensées côté algéro-tunisien entre janvier et novembre 2012 par les douanes algériennes.

Depuis le Printemps arabe en Libye et en Tunisie, Alger a renforcé la coopération avec ses voisins pour mieux contrôler les frontières. Mais tant que ce ne sont que du carburant et des denrées alimentaires, les autorités ont tendance à fermer les yeux.

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