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Programme Massar : Le projet qui divise l’école marocaine

Des élèves de Settat manifestant contre le programme électronique Massar./DR Programme Massar : Le projet qui divise l’école marocaine
Dernière mise à jour le 07/02/2014 à 9:59

Lancé récemment par le ministère de l’Education nationale dans l’objectif d’intégrer la composante technologique dans le système éducatif, le programme Massar continue de susciter la polémique dans les milieux scolaires.

Certains saluent son apport novateur alors que d’autres font part de leurs préoccupations quant aux difficultés logistiques qui guettent le programme.

Driss Gh., directeur d’un établissement scolaire, souligne que depuis le lancement de ce système, les cadres pédagogiques trouvent des difficultés énormes pour accéder au serveur du ministère à cause d’un débit internet très faible, sinon nul, en particulier dans les régions lointaines.

Ces contraintes pèsent lourdement sur les tâches de gestion et de communication des cadres pédagogiques, souligne-t-il.

Des cadres “analphabètes” en informatique

Driss Gh. relève aussi que dans certains cas, les personnes concernées par ce système, notamment en matière de contrôle continu, ignorent ses applications et son contenu électronique.

D’autres n’arrivent même pas à apprécier son utilité en raison de leur “analphabétisme” informatique.

“Il faut s’attendre à de grands ennuis dans l’application de ce programme vu le manque d’une formation approfondie. Le ministère n’a pas procédé à la simplification des procédures, ni engagé des discussions avec les membres de la direction pédagogique pour identifier les contraintes auxquelles le système risque de faire face, surtout dans le milieu rural; à savoir l’absence de raccordement au réseau de la téléphonie mobile et de l’ADSL.”

Driss Gh., un directeur d’école cité par la MAP.

Mohamed T., étudiant en classe de Terminale, revient lui sur l’ire qu’a suscité la mise en application du programme Massar. Pour lui, les élèves n’ont pas été consultés à propos de son élaboration.

“Au lieu de le lancer sans préavis, le ministère devait l’expérimenter au début de l’année scolaire. Jusqu’à présent, nous ignorons totalement ses objectifs et son utilité, déplore-t-il.

Un timing “inapproprié”

La Fédération nationale des parents d’élèves a pour sa part dénoncé, dans un communiqué, la marginalisation des “parties concernées” dans l’élaboration du système Massar et l’absence d’une stratégie de communication à cet effet.

Elle a qualifié d’“inapproprié” et “brusque” le timing de sa mise en œuvre, “juste après les examens du premier semestre”.

La Fédération a, dans ce contexte, appelé au parachèvement de la mise en œuvre du système au niveau des académies régionales, des délégations provinciales et des établissements scolaires.

Elle a également demandé la suspension du volet relatif à “l’évaluation des élèves”, et ce jusqu’à ce que soient réunies les conditions de sa réussite, et appelé à l’organisation d’une campagne de communication pour garantir l’accès à l’information de tous.

De la transparence

Dans le camp des partisans du programme, Khalid S., directeur d’un établissement scolaire à Kénitra, affirme que Massar représente un “bond qualitatif”.

“Si la mise en œuvre de ce système risque d’engendrer des ennuis au niveau de la collecte et du traitement des notes, de la fixation du calendrier des examens et des épreuves, il permettra de consacrer le principe de transparence dans l’information des parents”, soutient ce directeur d’école.

Pour Ilham A., étudiante à Tanger, le tollé qu’a suscité le lancement du système Massar a été exagéré. Elle avance que “les étudiants performants ne seront aucunement lésés par Massar, qui consolidera en fait leur communication avec leurs familles”.

Le ministre de l’Education nationale et de la formation professionnelle, Rachid Belmokhtar, avait souligné dans un entretien à la MAP que le système Massar est un projet national qui a pour objectif de renforcer le rôle de la gouvernance dans le système éducatif, en fournissant une base de données nationale et complète permettant le suivi individuel du parcours scolaire des élèves.

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